
Enclavement, guerre et pauvreté : la combinaison infernale qui ronge la santé mentale des habitants de Shabunda. Les professionnels appellent à un plan d’urgence provincial pour sauver des vies.
À Shabunda, la détresse psychologique s’installe durablement. Le centre Sozam enregistre une hausse sans précédent des consultations psychiatriques. L’infirmier titulaire, Luc Sébastien Mupenda, parle d’une population « à bout de nerfs ». Selon lui, plus de 50 % des habitants souffrent de troubles liés aux traumatismes de guerre et à la misère.
Les infrastructures médicales sont presque inexistantes. Les routes coupées isolent complètement le territoire. « Quand nous tombons malades, c’est la prière ou les guérisseurs qui restent nos seules options », déplore une habitante du quartier Mushekere.
Le manque de moyens touche particulièrement les femmes et les enfants, souvent témoins ou victimes de violences. Le psychologue humanitaire Jean-Bosco Mugisho explique que « l’absence de soutien psychosocial institutionnel laisse place à une détresse générationnelle ».
Les efforts d’assistance humanitaire restent timides, faute d’accès sécurisé. Certaines ONG internationales ont suspendu leurs interventions après des attaques contre leurs convois. « Tant que la paix ne revient pas, toute aide reste fragile », commente un agent de terrain.
Pour beaucoup, Shabunda symbolise aujourd’hui la négligence sanitaire en milieu rural. Des voix s’élèvent pour exiger un plan d’action spécifique sur la santé mentale post-conflit, afin d’éviter que cette crise invisible ne détruise toute une génération.

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