
Sous un soleil de l’après-midi de ce lundi 22 juin 2026, l’avenue du Lac, dans la commune d’Ibanda à Bukavu, offre une image devenue familière. Des enfants et adolescents dont l’âge varie entre 8 et 18 ans avancent à pied, un fagot de cannes à sucre posé sur la tête. Certains portent quelques morceaux seulement, d’autres transportent des charges plus lourdes. Leurs pas sont lents, mais leur destination est claire : trouver des clients pour gagner de quoi vivre. Entre les voitures garées et les passants pressés, ces jeunes vendeurs sillonnent les rues avec l’espoir de rentrer le soir avec quelques francs congolais.
« Si je ne vends pas, il n’y aura pas à manger à la maison », confie un garçon rencontré sur le trajet. Comme lui, plusieurs enfants de Bukavu se sont lancés dans ce petit commerce de survie qui ne demande qu’un faible capital de départ. Les morceaux de canne à sucre sont achetés dans les marchés ou auprès des grossistes avant d’être revendus au détail. Pour beaucoup, cette activité représente une contribution essentielle au budget familial, dans un contexte économique difficile marqué par le chômage et la précarité.
Mais derrière ces sourires parfois timides se cachent des journées éprouvantes. Sous le soleil ou la pluie, ces jeunes parcourent plusieurs kilomètres avec des charges pesantes. Certains quittent leur domicile tôt le matin et ne rentrent qu’en soirée. La fatigue, les douleurs au cou et au dos, ainsi que l’exposition aux intempéries, font partie de leur quotidien. « Nous marchons beaucoup, parfois sans rien vendre », raconte un autre adolescent, les yeux fixés sur sa marchandise.
La situation soulève également la question de l’éducation. Plusieurs de ces enfants fréquentent l’école de manière irrégulière, tandis que d’autres ont abandonné les études. Entre les frais scolaires, les besoins alimentaires et les difficultés financières des ménages, le commerce ambulant apparaît souvent comme une nécessité plus qu’un choix. Des éducateurs et acteurs sociaux de Bukavu s’inquiètent de voir de nombreux enfants sacrifier leur avenir scolaire pour soutenir leurs familles.
Pourtant, malgré les épreuves, ces jeunes continuent d’avancer. Leur présence quotidienne sur les avenues de Bukavu témoigne d’une résilience remarquable face aux difficultés économiques persistantes. À l’avenue du Lac comme ailleurs dans la ville, ces « vendeurs de canne à sucre » rappellent qu’au-delà des statistiques et des discours, des milliers d’enfants grandissent avec le poids des responsabilités d’adultes sur leurs épaules, espérant simplement des jours meilleurs.
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