
À Bukavu, des acteurs interrogés alertent sur les conséquences de l’éloignement des jeunes vis-à-vis de leurs aînés. Selon eux, cette rupture peut favoriser la perte de repères, de valeurs et d’une partie de la mémoire collective.
Dans de nombreuses sociétés africaines, les aînés sont traditionnellement considérés comme des dépositaires de l’expérience et de la mémoire collective. Mais cette place semble progressivement remise en question par certains jeunes, qui privilégient davantage leurs propres expériences et les nouvelles références.
Pour Maisha Safari, informaticien, le risque est important lorsque la parole des personnes âgées n’est plus suffisamment prise en compte. « Partout où les aînés sont non considéré on perd la sagesse. Par l’adage de considérer le vieux comme une bibliothèque disons déjà qu’il y a perte de cette bibliothèque », estime-t-il.
Cette transmission concerne notamment l’histoire, les expériences professionnelles et les valeurs sociales. L’exemple de Patrice-Emery Lumumba, figure historique de la République démocratique du Congo, est évoqué comme une illustration de la manière dont les actions et les idées d’une génération peuvent continuer à influencer les suivantes.
Les intervenants soulignent toutefois que l’âge ne suffit pas à garantir la pertinence d’une parole. Selon eux, les aînés doivent également donner l’exemple par leur conduite, tandis que les jeunes sont appelés à considérer leur expérience et leurs réalisations comme des sources d’apprentissage.
Pour Irenge Baguma Moïse, la déconsidération des aînés peut entraîner une perte de conscience historique et morale. « On perd la conscience, la source d’histoire même que la morale de la jeunesse », affirme-t-il, insistant sur l’importance du dialogue entre générations.
Cette rupture peut aussi avoir des conséquences dans la vie professionnelle et sociale. Un jeune qui refuse systématiquement les conseils de personnes expérimentées risque, selon les intervenants, de se priver de connaissances utiles à son intégration dans le monde du travail et à son développement personnel.
À Bukavu, cette question est également associée aux inquiétudes concernant certains comportements observés chez une partie de la jeunesse, notamment la consommation excessive d’alcool et de drogues. Pour les personnes interrogées, le renforcement du dialogue entre générations pourrait contribuer à restaurer la transmission des bonnes habitudes et des repères sociaux.
Au-delà du simple respect dû aux personnes âgées, l’enjeu est donc celui de la transmission : écouter les aînés ne signifie pas renoncer aux idées nouvelles, mais permettre à l’expérience du passé et à l’énergie de la jeunesse de se rencontrer.
Pascal Muvune
