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Soixante-six ans après l’indépendance de la République démocratique du Congo, la question de l’évolution des valeurs morales reste préoccupante. Pour le psychologue Benjamin Byalu Mbusa, les crises politiques, l’instabilité et la recherche de l’intérêt personnel ont progressivement fragilisé les repères collectifs.

Depuis l’accession du pays à l’indépendance, le 30 juin 1960, la société congolaise a connu plusieurs transformations politiques, économiques et sociales. Mais cette évolution s’est aussi accompagnée, selon cet analyste, d’un affaiblissement de certaines valeurs liées à la dignité, au civisme, à l’intégrité et au bien commun.

« En parlant dans ce sens, premièrement je commence par ce qu’on appelle l’héritage fragilisé : les valeurs de dignité et dérivées de 1960 ont été vite ébranlées par les crises politiques successives », a-t-il dit.

Benjamin Byalu Mbusa évoque également une « inversion des normes », qu’il associe aux décennies d’instabilité.

« Au niveau de l’inversion des normes, parce que, en parlant de l’inversion des normes, on fait directement référence au fait que les décennies d’instabilité ont favorisé le clientélisme et le détournement au détriment du bien commun », a-t-il affirmé.

Pour illustrer cette situation, l’analyste estime que certaines structures peuvent fonctionner en apparence sans parvenir à produire les résultats attendus.

« Parce que là-bas, on ne tient pas compte, car vous pouvez vous retrouver soit dans une entreprise quelconque où toutes les structures sont bien organisées, mais quand on regarde dans la profondeur des choses, vous vous rendrez compte que non ! Les gens ne parviennent même pas à donner un résultat positif par rapport à la place qu’ils occupent », a-t-il expliqué.

Il dénonce par ailleurs ce qu’il qualifie de « normalisation des antivaleurs », notamment la corruption et l’impunité.

« En parlant dans ce sens, directement on fait référence à ce qu’on appelle la corruption, l’impunité qui sont devenues pour certains des modes de survie ou de gouvernance. Donc, quand on se trouve directement, par exemple, dans une entreprise où on a été engagé et surtout sur les matières financières, vous trouverez que quelqu’un a été engagé dans un poste au lieu de tenir compte de ce qu’il est censé faire, mais tu le trouveras en train de chercher son intérêt personnel, de sa famille et tout ce qui s’ensuit, alors que cela déshonore », a-t-il déclaré.

L’effritement du civisme constitue, selon lui, un autre défi. « Il y a également ce qu’on appelle l’effritement du civisme, c’est-à-dire, dans ce sens, l’intérêt général est affaibli parce que, en rendant la distinction qui se trouve entre le bien et le mal, parfois ceux-ci sont considérés comme étant subjectifs. Donc, tout cela cause toujours des problèmes pour l’évolution de nos valeurs morales », a-t-il poursuivi.

Enfin, l’analyste pointe une crise des modèles sociaux, marquée par la valorisation de la réussite matérielle rapide au détriment du mérite et de l’intégrité.

« Du fait que la morale, elle provient de ce qu’on appelle l’éthique, bon, souvent, dans la plupart des cas, elle ne s’applique pas parce que les gens ne sèment pas vraiment la morale pour l’intérêt de nos valeurs », a-t-il affirmé.

À l’heure où la RDC poursuit sa construction institutionnelle et sociale, le débat sur les valeurs morales renvoie ainsi à une question plus large : comment réhabiliter le civisme, l’intégrité et le sens du bien commun dans la vie quotidienne ?

Grâce Mantadiko, journaliste stagiaire

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