

La gratuité de l’enseignement primaire, proclamée en grande pompe depuis Kinshasa, devait marquer un tournant historique pour la République démocratique du Congo. Présentée comme une conquête sociale majeure, elle est devenue au fil des ans un symbole d’illusion nationale. Derrière les discours triomphalistes, la réalité sur le terrain, notamment dans les provinces comme le Sud-Kivu, révèle un système éducatif à bout de souffle, abandonné à lui-même, où les enseignants peinent à survivre et les élèves apprennent dans la misère.
Loin de la capitale, les écoles publiques souffrent d’un cruel manque d’accompagnement. Les enseignants, privés de primes, de salaires décents et de matériel didactique, sont réduits à exercer leur métier dans des conditions indignes. Pourtant, Kinshasa continue d’afficher des statistiques flatteuses, vantant le succès de cette politique comme si les chiffres pouvaient masquer la souffrance quotidienne des acteurs de l’éducation. Ce décalage entre le discours officiel et la réalité vécue dans les salles de classe constitue l’un des plus grands scandales du système éducatif congolais.
La gratuité, telle qu’imposée depuis Kinshasa, a fragilisé les structures éducatives locales. Les comités de parents, jadis soutiens essentiels aux écoles, ont été écartés sans alternative viable. Résultat : des établissements sans moyens, des enseignants non mécanisés et un État absent. Sous couvert de justice sociale, la capitale a en réalité centralisé les décisions tout en décentralisant la misère. Les provinces paient le prix fort de politiques mal pensées, imposées sans concertation ni suivi.
Pire encore, cette gratuité n’a jamais été accompagnée d’une réforme budgétaire crédible. Les enseignants continuent d’attendre des salaires promis depuis des années, pendant que les fonds alloués à l’éducation se perdent dans les méandres administratifs de Kinshasa. Cette situation traduit une fois de plus l’arrogance d’un pouvoir central déconnecté des réalités, préférant la propagande politique à la planification nationale. Le gouvernement se glorifie de scolariser gratuitement des millions d’enfants, sans se soucier de la qualité de ce qu’ils apprennent.
Les syndicats ont beau tirer la sonnette d’alarme, rien ne change. Les ministères concernés se renvoient la balle, pendant que les enseignants s’épuisent à transmettre le savoir dans la pauvreté. L’État, censé être garant de l’équité, a fait de la gratuité une arme électorale plutôt qu’un outil de développement. Les provinces sont livrées à elles-mêmes, sans moyens, sans écoute, sans respect. Cette centralisation autoritaire ne fait qu’aggraver la fracture entre Kinshasa et le reste du pays.
Il est temps de dire les choses clairement : la gratuité de l’enseignement, telle qu’elle est appliquée aujourd’hui, est une imposture. Tant que Kinshasa continuera de gouverner par effets d’annonce, sans doter les écoles de ressources réelles, la RDC restera un pays où l’on promet l’éducation à tous sans en donner les moyens à personne. Le salut du système éducatif passe par une décentralisation effective, une responsabilisation des provinces et une reconnaissance concrète du rôle essentiel des enseignants, véritables piliers de la nation.

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