
À Bukavu, les différences de réussite scolaire entre filles et garçons ne seraient pas liées à leurs capacités intellectuelles, mais notamment aux conditions dans lesquelles ils étudient, estime Safari Balala Gérard, directeur de l’école primaire du complexe scolaire Brain. Il pointe particulièrement le poids des tâches domestiques imposées aux filles.
« D’abord au niveau conscient intellectuel, là vraiment il n’y a pas assez de différences entre garçon intelligent et fille intelligente. Parce que si vous observez très bien, les intelligences qui sont chez la fille sont aussi les mêmes chez le garçon pour ce qui concerne le conscient intellectuel », a affirmé Safari Balala Gérard.
Selon ce responsable scolaire, l’expérience du terrain montre d’ailleurs que les filles peuvent obtenir d’excellents résultats.
« D’ailleurs nous qui œuvrons dans le secteur de l’éducation, les jours de la proclamation nous constatons qu’il y a même des filles qui obtiennent de grands records aux résultats scolaires par rapport aux aux garçons », a-t-il dit.
Pour lui, l’écart observé dans certains parcours scolaires s’explique davantage par des pratiques sociales qui ne donnent pas toujours les mêmes possibilités aux filles et aux garçons.
« Pour le deuxième volet, ça concerne les pratiques discriminatoires qui s’observent dans notre communauté. Il y a dans notre communauté des coutumes rétrogrades qui discriminent les filles en disant même que les études de la fille finissent à la cuisine », a-t-il ajouté.
Le directeur du complexe scolaire Brain évoque notamment la répartition des travaux domestiques au sein des familles. Les filles peuvent être davantage sollicitées pour aller chercher les provisions, faire la vaisselle ou s’occuper des jeunes enfants, tandis que les garçons disposent parfois de davantage de temps pour jouer ou réviser leurs cours.
« Vous trouverez la-bàs que, concernant les pratiques là discriminatoires, la fille n’a pas les mêmes chances de revoir, d’étudier par rapport au garçon », a-t-il souligné.
Safari Balala Gérard estime également que certaines conceptions traditionnelles devraient évoluer.
« Et je disais aussi qu’il y a certaines pratiques qui disent que les études de la fille finissent à la cuisine ce qui n’est pas vraiment normal. D’ailleurs il y a un adage de chez nous qui dit que c’est une chance d’engendrer une ministre que de l’épouser. Cela montre aussi que si la fille a la chance d’émerger dans ses études et qu’elle est bien placé dans la vie, elle peut aussi bien servir la société aussi comme le garçon. C’est pourquoi nous devons donner la chance à la fille comme la chance au garçon d’étudier parce que pour ce qui est quotient intellectuel il n’y a pas assez des différences. »
Pour ce responsable éducatif, l’enjeu dépasse donc les résultats scolaires. Il concerne aussi l’égalité des possibilités offertes aux enfants à la maison et à l’école. Donner aux filles le temps nécessaire pour étudier, au même titre que les garçons, pourrait contribuer à leur permettre de développer pleinement leurs capacités.
À Bukavu comme ailleurs, la question de la réussite scolaire invite ainsi à regarder au-delà des notes et des classements : les conditions quotidiennes dans lesquelles les élèves apprennent peuvent également peser sur leur parcours.
Grâce Matandiko, journaliste stagiaire
