
Douze ans après l’élaboration d’un plan d’action sur la justice transitionnelle au Sud-Kivu, des acteurs de la société civile ont décidé de s’arrêter pour faire le point. Réunis à Bukavu dans le cadre d’un atelier organisé par le Réseau des Associations Congolaises des Jeunes (RACOJ), avec l’appui d’Impunity Watch, ils cherchent à comprendre ce qui a réellement changé pour les victimes des conflits et ce qu’il reste à accomplir.
Pendant trois jours, les discussions ne portent pas seulement sur un document ou des recommandations. Elles touchent à la vie de milliers de personnes qui continuent de subir les conséquences de plusieurs décennies de violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le premier objectif de cette rencontre est de regarder en arrière. Les participants veulent examiner le plan adopté en 2014 et évaluer son impact sur le terrain. Les initiatives prévues ont-elles été réalisées ? Les victimes ont-elles obtenu davantage de justice, de vérité ou de réparations ? Les communautés ont-elles retrouvé une meilleure cohésion sociale ?
Le deuxième objectif consiste à identifier les blocages qui ont empêché certaines actions d’aboutir. Pour plusieurs participants, les conflits armés récurrents, les déplacements massifs de populations, l’insuffisance des moyens financiers et les changements du contexte politique expliquent en partie les difficultés rencontrées.
« Il est important de reconnaître ce qui a fonctionné, mais aussi d’avoir l’honnêteté d’identifier ce qui n’a pas marché », explique Didier Kigonya, coordinateur de RACOJ.
Le troisième objectif, considéré comme le plus important, est d’adapter le plan aux réalités actuelles. Depuis 2014, le paysage sécuritaire a profondément changé. De nouvelles crises ont émergé, des milliers de familles ont été déplacées et les attentes des victimes ont évolué.
Pour les participants, les discussions diplomatiques en cours autour de la paix dans l’est de la RDC, notamment à Doha et à Washington, rendent cet exercice encore plus pertinent. Ils souhaitent que les préoccupations des communautés affectées soient prises en compte dans les futurs mécanismes de justice et de réconciliation.
Au fil des échanges, un message revient avec insistance : les victimes ne veulent plus être simplement évoquées dans les rapports ou les discours. Elles souhaitent être écoutées et participer aux décisions qui concernent leur avenir.
« La paix ne se construira pas sans ceux qui ont vécu la guerre », résume un participant.
À l’issue de l’atelier, les recommandations formulées serviront de base à un nouveau plaidoyer de la société civile. L’ambition est claire : faire en sorte que les futures initiatives de justice transitionnelle répondent davantage aux besoins réels des communautés qui continuent de porter les cicatrices du conflit.
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