0 4 minutes 2 jours

Le mot « dialogue » est sans doute l’un des plus usés de la vie politique congolaise. À chaque crise majeure, il ressurgit comme une formule magique. Pourtant, à force d’être invoqué sans consensus préalable, il finit par susciter davantage de scepticisme que d’espérance.

Le nouveau projet de dialogue ne semble pas échapper à cette logique. Avant même l’ouverture des discussions, les principaux acteurs affichent des visions qui paraissent difficilement conciliables. Plus qu’un simple désaccord sur la méthode, c’est le diagnostic même de la crise qui oppose les protagonistes.

Pour une partie de l’opposition, la RDC traverse une crise globale. La guerre dans l’Est n’en serait qu’une des manifestations. Selon elle, le dialogue devrait couvrir cinq dimensions : la crise sécuritaire et militaire, la gouvernance, le processus électoral, la situation sociale et la question constitutionnelle. L’opposition fixe toutefois deux lignes rouges : la Constitution ne doit pas servir de variable d’ajustement politique et le dialogue doit être réellement inclusif, sans exclusion des principaux acteurs.

Du côté du pouvoir, la lecture apparaît différente. Les priorités mises en avant portent d’abord sur les enjeux sécuritaires et institutionnels, avec une approche qui ne recoupe pas entièrement celle de l’opposition. Lorsque les uns parlent de refonder les règles du jeu, les autres privilégient la stabilité des institutions existantes. Dès lors, chacun semble arriver à la table avec son propre ordre du jour.

Peut-on bâtir un pont lorsque les deux rives refusent de reconnaître qu’elles ne regardent pas le même fleuve ? La question mérite d’être posée. Un dialogue n’est pas seulement une rencontre entre adversaires ; il suppose un minimum d’accord sur ce dont on parle et sur le but recherché. À défaut, la discussion risque de devenir une succession de monologues.

L’histoire politique congolaise offre d’ailleurs plusieurs exemples où des concertations ont produit davantage de déclarations que de solutions. Les communiqués finissent souvent plus épais que les résultats. Les photographies de famille résistent mieux au temps que les engagements signés. Le citoyen, lui, continue d’attendre des réponses concrètes à l’insécurité, au coût de la vie, au chômage et à la crise des services publics.

L’ironie est que tout le monde se dit favorable au dialogue. Mais chacun semble parler d’un dialogue différent. Les uns veulent renégocier les fondations de la maison ; les autres souhaitent surtout réparer le toit. Pendant que les architectes débattent des plans, les habitants continuent de vivre sous la pluie.

Le véritable défi n’est donc pas d’organiser un dialogue de plus, mais de construire un minimum de confiance entre des acteurs qui se soupçonnent mutuellement de poursuivre des objectifs cachés. Sans cette confiance, le dialogue risque de n’être qu’un exercice politique supplémentaire, destiné à rassurer les partenaires ou à gagner du temps, plutôt qu’à résoudre les causes profondes de la crise.

Les Congolais n’attendent plus des discours sur le dialogue. Ils attendent des résultats. Car un dialogue ne se mesure ni au nombre de participants, ni à la longueur des communiqués finaux. Il se juge à sa capacité de rapprocher des positions jusque-là opposées et d’améliorer concrètement la vie des citoyens.

Faute d’un diagnostic partagé, d’un agenda accepté par tous et de garanties crédibles sur l’inclusivité, l’impasse redoutée pourrait devenir une réalité. Et la RDC ajouterait alors un dialogue de plus à une longue liste de rendez-vous politiques qui auront davantage nourri les archives que changé le destin du pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *