–De l’ombre au front : Une analyse de l’histoire de la résistance politique en Rép Démocratique du Congo (3è partie)
4 -.L’ère de la dictature : La résistance sous le régime Mobutu (1965-1997)

4.1. Le système Mobutu : Répression, kleptocratie et clientélisme
Après avoir pris le pouvoir par un coup d’État en 1965, le général Mobutu a mis en place une dictature qui dura plus de 30 ans. Il a rapidement consolidé son pouvoir en éliminant ses rivaux, n’hésitant pas à faire pendre publiquement des ministres accusés de complot devant des foules de 50 000 personnes en 1966. Le Mouvement populaire de la Révolution (MPR) fut fondé en 1966 et devint rapidement le seul parti politique autorisé, écrasant toute forme d’opposition.

Le régime de Mobutu a été caractérisé par une « kleptocratie » systémique, où la confusion entre les caisses de l’État et le patrimoine personnel du dirigeant était totale. Mobutu a nationalisé les mines et a redistribué leur gestion à ses proches , tandis que la population sombrait dans la pauvreté la plus extrême. Cette prédation à l’échelle de l’État a non seulement appauvri le pays, mais a également encouragé la corruption à tous les niveaux de la fonction publique, créant un système clientéliste dans lequel les fonctionnaires devaient se livrer à des pratiques illicites pour survivre.
4.2. L’émergence d’une opposition politique organisée : L’UDPS et Étienne Tshisekedi
Face à cette dictature, une opposition politique a émergé, la plus notable étant l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dirigée par Étienne Tshisekedi.

Ami et ancien proche collaborateur de Mobutu, Tshisekedi était devenu , pour le commun des mortels , l’un de ses plus féroces adversaires. Ayant acquis des prétentions pour le pouvoir , il battait campagne pour l’instauration du multipartisme. Sous la pression interne et internationale, Mobutu a été contraint d’autoriser des réformes politiques en 1990, dont la légalisation des partis d’opposition. Tshisekedi a été nommé Premier ministre à trois reprises, mais très vite des désaccords ont apparu entre les deux hommes. Aussi ses mandats ont été de très courte durée .

L’opposition sous Mobutu, bien que d’abord fragmentée, a finalement été soudée par la répression brutale du régime. Face aux violations systématiques des droits humains, incluant la torture, les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées , les différents partis d’opposition ont été contraints de s’unir pour survivre. Cette consolidation a mené à la formation de la coalition de l’« Union sacrée » en 1991. Cette union fut une réponse directe à la répression, qui, au lieu d’écraser la contestation, l’a forcée à se regrouper. L’unité de l’opposition a renforcé son poids politique, l’aidant à maintenir la pression sur le régime pour qu’il respecte les accords de transition et la tenue d’une Conférence nationale souveraine.
4.3. Les conflits armés : Les invasions du Shaba
Le règne de Mobutu fut également marqué par des conflits armés majeurs. Deux invasions de la riche région minière du Shaba (ancien Katanga) ont eu lieu en 1977 et 1978. Menées par des rebelles du Front de libération nationale du Congo (FLNC) basés en Angola, ces invasions ont mis en évidence la faiblesse de l’armée zaïroise. Ces conflits illustrent l’importance du rôle des interventions étrangères. La France, le Maroc et la Chine sont intervenus militairement pour soutenir Mobutu, dont le régime était perçu par les États-Unis comme un allié stratégique et un « homme fort régional » dans la lutte contre la propagation du communisme en Afrique. Ces soutiens extérieurs, motivés par les enjeux de la Guerre Froide, ont permis à Mobutu de se maintenir au pouvoir, prolongeant ainsi le cycle d’instabilité et de répression au Zaïre.
(à suivre: 4è partie)

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