
La multiplication des forages modernes à Bukavu et dans plusieurs territoires de la province du Sud-Kivu suscite des inquiétudes sur les risques sanitaires et environnementaux liés à leur exploitation. Un ingénieur en hydraulique et environnement appelle à mieux encadrer cette pratique et à privilégier des solutions collectives d’approvisionnement en eau.
Aaron Lubala, ingénieur en hydraulique et environnement, estime que le recours croissant aux forages s’explique notamment par les difficultés persistantes d’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers de Bukavu.
Selon lui, l’exploitation des eaux souterraines ne devrait toutefois pas se faire sans études préalables permettant notamment de déterminer la qualité de l’eau et son niveau éventuel de pollution. Il prévient que l’absence d’un encadrement technique peut exposer les populations à différents risques.
« Chaque forage, ça crée aussi une complication. Si chaque famille, chaque hôtel, chaque magasin crée déjà ses propres « bizola » ou puits, comme on les appelle dans certains coins de la ville de Bukavu, ça pose un problème », explique Aaron Lubala.
L’ingénieur évoque également le risque de tarissement des forages lorsque les nappes sont fortement sollicitées.
« À force des grandes sollicitations, utilisation accélérée, un forage finit toujours par tarir », souligne-t-il, appelant à une gestion plus rationnelle des ressources en eau.
Pour Aaron Lubala, le recours massif aux forages est d’autant plus discutable que la République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources hydriques.
Il estime que des solutions permettant de capter et de traiter l’eau de surface pourraient être développées à Bukavu, notamment à partir du lac Kivu.
« Autre chose qu’il faut savoir, dans votre ville riche en eau comme la RDC, cette pratique des forages n’est pas bonne. Par exemple ici chez moi à Bukavu, ça peut créer un problème », affirme-t-il.
Parmi les pistes avancées figure la mise en place de systèmes d’alimentation en eau par pompage, notamment à partir du lac Kivu, avec le recours à l’énergie photovoltaïque.
Cette option permettrait, selon lui, de réduire la dépendance à l’électricité et de valoriser davantage les ressources naturelles disponibles.
Face aux perturbations de la desserte en eau, les forages constituent aujourd’hui une réponse recherchée par de nombreux habitants et acteurs économiques.
Mais leur multiplication pose la question de la qualité de l’eau, de la durabilité des nappes souterraines et de la nécessité d’une réglementation et d’un suivi technique adaptés.
