
Elle fut un temps la scène du monde, un lieu où la voix des nations, grandes et petites, pouvait résonner pour forger la paix et l’avenir. La tribune de l’Organisation des Nations Unies, avec son marbre et ses projecteurs, était un symbole d’espoir né des cendres des conflits les plus dévastateurs de l’histoire. Elle était censée être le forum où les désaccords se résolvaient par le dialogue, non par la force, où la raison l’emportait sur la fureur.
La « chaussure de Krouchtchev » à l’Onu

On se souviendra encore longtemps de façon anecdotique de la prétendue « chaussure de Nikita Krouchtchev » . C’était le 12 octobre 1960 en pleine Guerre froide et c’était la période de la décolonisation. Et pourtant,de la chaussure , aucune caméra dans la salle ne l’avait vue! Seul le correspondant de l’AFP a le soir même rapporté à sa sauce cette journée . Et il a écrit : « pour manifester son mécontentement , M.Khrouchtchev retire une de ses chaussures pour frapper son pupitre avec le maximum d’effet ». il n’en était rien car le chef de Kremlin avait seulement tambouriné du poing sur la table suivi par ses collègues , excédé par le discours du délégué philippin qui fustigeait la tutelle de Moscou sur les pays de l’Est . C’est cette version de l’Afp qui est entrée dans l’Histoire avec des images d’archives montrant une « chaussure-montage » sur le pupitre.
Le record de discours de 4 heures par Fidel Castro: ça reste le plus long de l’Onu

Un autre orateurs de l’Onu a fait parler de lui . On citera le discours inégalé en durée de 4 heures à l’Onu prononcé plus tôt, le 26 septembre 1960 par Fidel Castro. Le Maximo ayant fraîchement pris les rênes de Cuba dans lequel il expliquait la révolution cubaine. C’est ici qu’il dira en préambule pour son premier discours à l’Onu :« Nous allons faire notre possible pour être bref et exposer ce que notre devoir nous dit d’exposer ici. Nous allons aussi parler lentement, pour permettre aux interprètes de faire leur travail. ». Et il parlera pendant 4 h 29, un record. Il en avait naturellement après le colonialisme occidental et le capitalisme des Etas -Unis . Aussi dira t-il « Le capital financier impérialiste est une prostituée qui ne parviendra pas à nous séduire. » « Que disparaisse la philosophie du pillage, et la philosophie de la guerre aura disparu. » C’était un orateur phénoménal .Il n’a jamais eu besoin de recourir à un porte-parole ou à un conseiller presse.Il a par ailleurs battu son propre record en 1968 avec un autre discours de …12 heures !!!
L’atonie d’aujourdhui : des discours creux
Aujourd’hui, il arrive que cette même tribune semble atone. Ce n’est pas un silence qui y règne, mais un écho assourdissant de mots creux. Le problème n’est pas l’absence de parole, mais son manque de poids. Les discours, souvent préparés des mois à l’avance, sont déclamés sans passion, adressés davantage aux audiences nationales qu’aux pairs rassemblés. Ils défilent, pleins de revendications et de dénonciations légitimes, mais ne parviennent que rarement à se transformer en un véritable dialogue, encore moins en une action concrète. La tribune, autrefois l’arène de la diplomatie, est devenue un spectacle, un théâtre d’ombres où les acteurs répètent leur rôle sans conviction.
L’atonie de la tribune: on y fait des constats des crises sans les résoudre
L’atonie de cette tribune est le reflet d’une paralysie plus profonde de l’institution. Elle est la conséquence du retour en force des intérêts nationaux, qui ont souvent raison du fragile consensus multilatéral. Les vetos, les guerres par procuration, le dédain affiché pour les résolutions qui ne servent pas les ambitions des plus puissants : tout cela affaiblit la portée des mots. Dans un monde où le droit international est de plus en plus remis en question, la tribune devient un lieu où l’on constate les crises plutôt qu’on ne les résout.
Le public n’y croit plus
Cet état de fait a des répercussions bien au-delà de l’enceinte de New York. Il contribue à l’érosion de la confiance du public dans la capacité de la communauté internationale à faire face aux défis majeurs : le changement climatique, les crises humanitaires, les pandémies. Si la tribune, censée être le porte-voix de la conscience mondiale, semble avoir perdu son souffle, comment le citoyen lambda peut-il encore croire en la possibilité d’une action collective ?
Plus de mots , mais des actes
La tribune de l’ONU est-elle condamnée à n’être qu’un monument à un idéal passé, ou peut-elle retrouver la force qui a inspiré sa création ? La réponse ne se trouve pas dans un nouveau discours, mais dans un renouvellement de la volonté politique, une volonté de transformer les mots en actes.

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