0 6 minutes 38 minutes

La paix est célébrée aujourd’hui. Mais, dans bien des endroits du monde, elle reste surtout attendue. Entre les discours solennels, les cérémonies officielles et les engagements répétés, une question finit par s’imposer : combien sommes-nous réellement prêts à investir pour éviter que la guerre ne devienne l’horizon ordinaire des populations ?

Le 21 septembre, la communauté internationale célèbre la Journée internationale de la paix. L’édition 2026 porte un thème qui sonne presque comme une mise en garde : « Investir dans la paix — Pour tous, partout, chaque jour ». Dans son message, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, constate que la paix est aujourd’hui « dangereusement en manque », alors que les violences et les divisions continuent de déchirer des communautés.

Mais investir dans la paix ne peut pas consister à produire chaque année de belles déclarations et à ranger ensuite la paix dans les archives des institutions internationales. La paix n’est pas un slogan. Elle a un coût. Et son absence en a un infiniment plus lourd.

Le véritable investissement commence bien avant les armes. Il commence dans l’école qui fonctionne, dans l’hôpital qui soigne, dans la justice qui protège, dans l’emploi qui donne une perspective à la jeunesse et dans l’institution publique qui inspire confiance. L’ONU souligne elle-même que la paix durable passe par la santé, l’éducation, la nutrition, la protection sociale, les droits humains et des institutions auxquelles les citoyens peuvent faire confiance.

Il faut donc avoir le courage de poser une question dérangeante : que vaut un discours sur la paix lorsque les causes de la frustration, de l’exclusion et de la violence restent intactes ? On ne construit pas une société pacifique en demandant indéfiniment aux victimes d’être patientes. On ne demande pas au citoyen de croire à la paix si l’injustice devient son quotidien et si le dialogue est remplacé par la peur, la haine ou la propagande.

La paix exige aussi de s’attaquer aux mots. Une société qui banalise les discours de haine prépare parfois, sans le reconnaître, le terrain des violences de demain. À l’inverse, une parole responsable peut désamorcer une tension, rapprocher des communautés et empêcher une rumeur de devenir une étincelle. Voilà pourquoi les journalistes, les enseignants, les responsables religieux, les leaders communautaires et les acteurs de la société civile ont une responsabilité particulière : informer sans attiser, dénoncer sans déshumaniser, critiquer sans fabriquer d’ennemis.

Et que dire des jeunes ? Ils sont trop souvent présentés comme une « génération d’avenir », alors qu’ils sont déjà les acteurs du présent. Les investir, c’est leur offrir une éducation de qualité, des possibilités économiques, des espaces d’expression et une place réelle dans les décisions qui concernent leur avenir. L’ONU insiste cette année sur l’importance de la jeunesse dans la construction d’une paix durable.

Il faut enfin cesser de penser que la paix se décide uniquement dans les capitales, les palais présidentiels ou les salles de conférence. La paix se joue aussi dans les quartiers, les familles, les écoles, les marchés, les églises, les médias et les réseaux sociaux. Elle se construit dans la manière dont une majorité traite une minorité, dont un voisin parle de l’autre, dont un responsable exerce son autorité et dont une société répond à ses frustrations.

António Guterres le rappelle avec force : la paix n’est ni passive ni automatique. Elle demande de l’action, du dialogue, de la négociation, de la diplomatie et la protection des droits humains. Il appelle également les dirigeants à mettre fin aux guerres et à investir dans des solutions durables.

Investir dans la paix, c’est donc investir avant la catastrophe. C’est préférer l’école au recrutement des jeunes par les groupes armés. Le dialogue à la vengeance. La justice à l’impunité. L’information vérifiée à la rumeur. Le développement à l’abandon. La dignité à l’humiliation.

La paix ne demande pas seulement des cérémonies. Elle demande des choix. Et ces choix se mesurent moins au nombre de discours prononcés qu’au nombre de vies que l’on aura réussi à préserver.

Car au bout du compte, la vraie facture de la paix n’est jamais celle que l’on paie pour la construire. C’est celle que l’on découvre trop tard lorsqu’on a refusé d’y investir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *