0 9 minutes 6 heures

BUNIA, République démocratique du Congo (RDC), 15 juillet 2026 – Deux mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola en RDC, qui compte près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à un renforcement urgent de la réponse médicale. L’épidémie continue de se propager à un rythme sans précédent et dans de nouvelles zones, tandis que les efforts pour la maîtriser restent insuffisants.

« Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle. De plus en plus de personnes sont infectées, de plus en plus de familles perdent des proches, et la situation devient de plus en plus difficile à maîtriser. Nous avons besoin d’une action internationale plus forte et mieux coordonnée pour agir plus rapidement et améliorer l’accès tant aux soins liés à Ebola qu’aux autres services de santé essentiels », déclare Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF.

En l’espace de deux mois seulement, l’épidémie actuelle de maladie d’Ebola, causée par le virus Bundibugyo, est devenue la troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée et celle qui connaît la progression la plus rapide. En moins de cinq semaines, le nombre de cas confirmés a triplé, passant de 650 à près de 2 000 au 12 juillet, tandis que le nombre de décès a plus que quintuplé, passant de 130 à plus de 700. L’épidémie a déjà dépassé la moitié du nombre de cas enregistrés lors de l’épidémie d’Ebola de 2018-2020 en RDC, qui a duré près de deux ans.

La situation est particulièrement alarmante, car l’épidémie continue de s’étendre géographiquement. L’accès limité aux soins médicaux, un système de surveillance débordé et une pression croissante sur les centres de traitement font que des communautés entières situées en dehors des grandes zones urbaines restent privées d’un soutien adéquat.

MSF appelle donc les autorités sanitaires et les acteurs humanitaires à renforcer rapidement les moyens mobilisés dans tous les domaines de la lutte contre Ebola, notamment la mobilisation communautaire, la surveillance, le dépistage et le diagnostic, la prise en charge des patients, l’accompagnement des survivants, ainsi que la gestion des dépouilles et des enterrements dans le respect de la sécurité et de la dignité, tout en veillant à ce que les autres besoins sanitaires urgents soient également pris en compte.

La province d’Ituri, épicentre de l’épidémie, concentre environ 90 % de l’ensemble des cas confirmés.

« À Mongbwalu, nous constatons chaque jour les conséquences mortelles de ces lacunes sur la population », explique Ayokunnu Raji, médecin et responsable des programmes médicaux de MSF. « Au centre de traitement d’Ebola, nous continuons à voir arriver des patients dans un état critique, avec peu de chances de survie. Depuis que MSF a lancé ses interventions contre Ebola, nous avons soigné 57 survivants, mais plus de 110 patients sont décédés. Un renforcement des ressources nationales et internationales contribuerait à prévenir la poursuite de la transmission et de nouvelles pertes humaines. »

« À Bunia, le centre de traitement d’Ebola d’Elikiya, doté de 90 lits, fonctionne presque toujours à pleine capacité. Les gens nous disent régulièrement qu’ils préfèrent attendre chez eux et ne venir que lorsqu’un lit se libère », explique Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF à Bunia. « Par conséquent, nous continuons à accueillir des patients qui arrivent trop tard et qui sont déjà dans un état critique. Il est déchirant de savoir que bon nombre de ces décès auraient pu être évités grâce à un diagnostic plus précoce et à un accès rapide aux soins et aux traitements. »

Rapprocher la réponse des communautés

Alors que d’autres organisations médicales travaillent aux côtés du ministère de la Santé dans l’est de la RDC, d’importantes lacunes subsistent.

Le système de surveillance de la RDC est conçu pour détecter les cas à un stade précoce grâce à de solides réseaux communautaires et au système de santé local. Cependant, l’épidémie actuelle d’Ebola, combinée à de multiples autres urgences sanitaires, a poussé le système à ses limites.

Pour ralentir et, à terme, enrayer la propagation de l’épidémie, il est essentiel de rapprocher la réponse des communautés tout en renforçant l’intervention médicale et le système de surveillance, afin que les cas puissent être identifiés et isolés le plus tôt possible. Les efforts visant à étendre le dépistage, la recherche des contacts et l’implication des communautés doivent également se poursuivre.

Les restrictions de circulation, notamment la fermeture des frontières, les obligations d’autosurveillance et les mesures affectant le personnel humanitaire et médical mises en place par les autorités de la RDC et d’autres pays, créent des difficultés supplémentaires pour le déploiement et la rotation du personnel spécialisé dans la lutte contre Ebola.

MSF gère actuellement sept centres de traitement d’Ebola (ETC) et plus de 15 unités d’isolement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Tshopo, pour une capacité totale de plus de 430 lits. Depuis le début de l’épidémie et jusqu’au 14 juillet, les équipes de MSF ont admis plus de 968 patients, dont 357 cas confirmés. MSF a également accompagné le rétablissement de 116 survivants à l’issue de leur traitement et de leurs soins. De plus, MSF soutient le ministère de la Santé dans ses activités de surveillance et de dépistage, de mobilisation communautaire, de formation et dans ses efforts visant à garantir un accès en toute sécurité à d’autres services de santé essentiels.

Ebola : une crise au cœur de multiples situations d’urgence

Cette épidémie de maladie à virus Ebola se déroule dans un contexte de conflit armé, de déplacements de population et de multiples urgences sanitaires simultanées. L’insécurité continue de restreindre l’accès à certaines communautés, tandis que les équipes de MSF répondent simultanément à d’autres besoins médicaux urgents, notamment liés au choléra et au paludisme. L’approche de la saison des pluies devrait également entraîner une recrudescence des cas de paludisme, ce qui mettra davantage à rude épreuve un système de santé déjà débordé.

Il est essentiel d’accélérer les efforts visant à améliorer l’accès aux soins contre Ebola tout en garantissant la fourniture d’autres aides humanitaires de base, notamment en matière de santé, d’eau et d’assainissement.

« Nous ne pouvons pas continuer à faire face à l’épidémie avec les mêmes ressources limitées alors qu’elle continue de nous dépasser », déclare M. Newport. « Seule une réponse médicale solide, dotée de ressources suffisantes et reflétant véritablement l’ampleur des besoins sur le terrain, peut empêcher cette épidémie de se transformer en une crise que nous ne serons plus en mesure de contenir. Pour y parvenir, un soutien international accru est nécessaire de toute urgence. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *