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Au Sud-Kivu, septembre touche à sa fin, mais la saison des pluies semble toujours hésiter à s’installer. Quelques averses par-ci, quelques précipitations par-là : suffisamment pour mouiller la terre, mais pas toujours pour rassurer les agriculteurs. Derrière ce « faux départ » se profile une question beaucoup plus sérieuse : que se passera-t-il si les pluies tardent davantage ?

Le calendrier agricole, lui, n’attend pas. Dans de nombreuses zones du Sud-Kivu, les cultivateurs doivent déjà préparer les semis de la saison A. Mais comment semer sereinement lorsque le ciel joue les prolongations et que l’humidité du sol demeure insuffisante ? Semer trop tôt, c’est risquer de voir les graines ne pas germer correctement. Attendre trop longtemps, c’est prendre le risque de raccourcir le cycle agricole.

Le problème n’est donc pas simplement météorologique. Il est alimentaire. Une mauvaise installation des pluies peut fragiliser les récoltes et, par ricochet, exercer une pression supplémentaire sur les prix des denrées. Dans une province où une grande partie des ménages dépend directement ou indirectement de l’agriculture, une perturbation prolongée du calendrier des pluies ne devrait jamais être traitée comme une simple curiosité du ciel.

Mais il serait tout aussi imprudent de crier déjà à la famine. Une absence de pluies régulières en septembre ne suffit pas, à elle seule, à annoncer une catastrophe alimentaire. Les précipitations peuvent encore se rétablir et les conditions agricoles évoluer favorablement. C’est précisément pour cette raison que les autorités doivent agir avant que la situation ne devienne critique, plutôt que d’attendre que les difficultés soient installées pour chercher des solutions.

Car voilà des années que le Sud-Kivu parle de modernisation agricole. Des années que l’on évoque la mécanisation, l’irrigation, les semences améliorées, la transformation locale et l’encadrement des producteurs. Pourtant, au moindre dérèglement du calendrier climatique, notre agriculture demeure encore largement suspendue au bon vouloir des nuages.

Est-ce vraiment cela, la sécurité alimentaire ? Il est temps de sortir de cette agriculture de l’attente. Les agriculteurs ont besoin d’eau, certes, mais ils ont surtout besoin d’infrastructures capables de réduire leur vulnérabilité face aux caprices du climat. Canaux d’irrigation, retenues d’eau, petits barrages, techniques de conservation de l’humidité des sols, équipements agricoles et accès aux informations météorologiques : ces solutions ne relèvent plus du luxe.

Le Sud-Kivu dispose de terres, de bras et d’un savoir-faire agricole considérable. Ce qui lui manque encore, c’est une politique suffisamment cohérente et durable pour transformer ce potentiel en véritable sécurité alimentaire.

Le retour hésitant des pluies devrait donc servir d’avertissement. Pas pour alimenter la peur. Pas pour annoncer prématurément une famine. Mais pour rappeler une évidence : une province qui dépend entièrement de la pluie pour nourrir sa population reste extrêmement vulnérable.

Le ciel peut être imprévisible. La politique agricole, elle, ne devrait pas l’être. Le Sud-Kivu n’a pas besoin d’attendre une crise alimentaire pour comprendre qu’il faut investir dans l’agriculture. Le faux départ des pluies pourrait être l’occasion de prendre enfin le bon départ vers une agriculture moderne, irriguée, mécanisée et capable de nourrir durablement sa population.

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