
À Bukavu comme dans plusieurs villes et territoires du Sud-Kivu, les incendies ne peuvent plus être considérés comme de simples accidents isolés. Leur répétition, leur ampleur et leurs conséquences humaines et matérielles imposent désormais une réponse publique structurée, préventive et durable.
Un incendie commence parfois par une étincelle, une bougie, un court-circuit ou un simple geste d’imprudence. Mais lorsqu’il embrase plusieurs maisons en quelques minutes, détruit des biens accumulés pendant des années et laisse des familles sans abri, il cesse d’être une affaire strictement privée. Il devient un problème de sécurité urbaine et de gouvernance.
C’est précisément là que se situe l’urgence pour Bukavu. Ville densément peuplée, confrontée à une urbanisation rapide et souvent peu maîtrisée, elle présente des conditions qui peuvent favoriser la propagation rapide du feu. Des habitations rapprochées, des voies d’accès parfois étroites, des quartiers difficiles d’accès pour les véhicules de secours et des installations électriques vulnérables constituent autant de facteurs de risque.
Face à cette réalité, attendre le prochain incendie pour réagir serait une erreur. Les autorités provinciales et municipales doivent passer d’une logique d’intervention à une véritable culture de prévention.
Il faut donc un plan urbain de contingence contre les incendies. Un document opérationnel, mais surtout un mécanisme permanent capable d’identifier les zones à haut risque, de définir les responsabilités de chaque service et d’organiser la réponse avant, pendant et après le sinistre.
Un tel plan devrait notamment prévoir une cartographie des quartiers les plus exposés, l’identification des points d’eau disponibles, l’aménagement d’axes permettant l’intervention rapide des véhicules de secours et la création de mécanismes d’alerte communautaire.
Les services de protection civile, les autorités locales, les entreprises d’électricité, les formations sanitaires, les médias et les organisations humanitaires devraient y avoir chacun un rôle clairement défini.
La population a également sa part de responsabilité. La prévention commence dans les ménages : vérification des installations électriques, prudence avec les bougies et les combustibles, sensibilisation des enfants, signalement des branchements dangereux et connaissance des numéros ou mécanismes locaux d’alerte.
Il est également temps de renforcer les capacités des équipes d’intervention. Avoir des hommes courageux ne suffit pas. Il faut du matériel adapté, de l’eau disponible, des moyens de communication, des équipements de protection et des exercices réguliers.
Les communes et les quartiers devraient pouvoir organiser périodiquement des simulations afin que les réflexes de secours ne s’improvisent pas au moment où les flammes gagnent déjà les habitations.
La prévention doit aussi entrer dans les écoles, les marchés, les églises, les entreprises et les médias. Une population formée peut réduire considérablement les conséquences d’un sinistre. Une population laissée sans information devient, malgré elle, plus vulnérable.
Les incendies répétés doivent donc provoquer autre chose que des images de désolation, des messages de compassion et des appels ponctuels à la solidarité. Ils doivent produire une prise de conscience collective.
Bukavu n’a pas besoin d’attendre une catastrophe encore plus meurtrière pour se doter d’une véritable stratégie de prévention des incendies.
Les autorités, les techniciens, les professionnels de la protection civile, les élus locaux, les opérateurs économiques et les communautés doivent s’asseoir autour d’une même table.
Car gouverner une ville, ce n’est pas seulement réparer les dégâts après le drame. C’est aussi empêcher que le drame prévisible ne devienne inévitable.
La multiplication des incendies nous interpelle tous. Mais elle interpelle surtout ceux qui ont la responsabilité de planifier la ville, de protéger ses habitants et d’anticiper les risques.
Le prochain incendie ne préviendra personne. Les autorités, elles, peuvent prévenir. Et c’est maintenant qu’il faut agir.
