
Le rire et le sourire occupent une place importante dans la vie sociale et émotionnelle. Mais combien de fois faut-il rire chaque jour ? Pour le psychologue clinicien Baleke Mudekereza Lerick, il n’existe pas de chiffre précis à atteindre. L’essentiel est de comprendre ce que le rire exprime et la place qu’il peut occuper dans le bien-être psychologique.
À Bukavu, cette question prend un intérêt particulier dans un contexte où de nombreuses personnes sont confrontées au stress, aux difficultés sociales et aux situations douloureuses. Le rire peut alors apparaître dans des circonstances très différentes, parfois comme expression de joie, mais aussi comme une manière de réagir à une situation difficile. Les recherches scientifiques associent par ailleurs une fréquence plus élevée du rire à certains indicateurs favorables de santé, sans toutefois établir qu’un nombre précis de rires par jour garantirait une bonne santé.
« Le rire est une dimension psychologique relative aux émotions. La psychologie étant une science relative aux émotions et au comportement, elle cherche à comprendre de quelle manière les gens se comportent tout en se basant sur les processus mentaux qui sous-tendent ces comportements », explique Baleke Mudekereza Lerick, psychologue clinicien, titulaire d’un master en psychologie clinique et d’un master en psychotraumatologie et humanitaire, et enseignant à l’Université officielle de Bukavu.
Sur la question du nombre de fois où une personne devrait rire quotidiennement, le psychologue estime qu’il est difficile de fixer une norme universelle. « Cette question est pertinente, mais il faut lui donner de l’importance dans le sens où les émotions ont des expressions d’un vécu intérieur. Il ne suffit pas de rire tout simplement, mais il faut aussi considérer le rire comme une manière d’exprimer un vécu intérieur », affirme-t-il.
« Quand on se pose la question de combien de fois il faut rire, nous supposons que c’est autant de fois que possible, car étant une émotion positive, on est dans l’obligation de la véhiculer autant que la personne pourra procéder au sourire. C’est ainsi qu’on est dans l’impossibilité de déterminer le nombre de fois pour sourire par jour », poursuit-il.
Les travaux scientifiques disponibles vont dans le sens d’une association entre le rire fréquent et certains indicateurs de santé, mais ils ne permettent pas de transformer ces observations en prescription quotidienne. Une étude japonaise portant sur plus de 17.000 personnes âgées de 40 ans ou plus a notamment observé une association entre une faible fréquence du rire et un risque plus élevé de mortalité ou d’événements cardiovasculaires. Une autre étude, menée auprès de plus de 32.000 personnes âgées, a également trouvé une association entre une faible fréquence du rire et un risque accru d’apparition d’une dépression. Ces résultats restent des associations et ne signifient pas qu’un nombre déterminé de rires provoque directement une meilleure santé.
Le spécialiste insiste également sur la diversité des significations du sourire. « Les psychologues supposent que le rire véhicule une certaine émotion, étant un vécu intérieur relatif au bonheur, à la joie. C’est la joie intérieure qui va induire l’émotion et permettre sa manifestation par un sentiment quelconque. Mais même si on n’a pas la joie et qu’on est dans l’action de sourire, certaines expériences peuvent induire à l’intérieur de la personne des expressions relatives aux mimiques présentées », explique Baleke Mudekereza.
Selon lui, ses travaux réalisés en 2013 et 2015 auprès notamment des communautés bashi, barega et batembo à Bukavu ont cherché à comprendre les différentes manières d’interpréter et d’exprimer le rire ou le sourire. « Les résultats ont montré que le sourire a plusieurs significations : parfois l’expression du bonheur, de la détresse, d’une colère voilée, l’expression de la honte, etc. Cela fait alors une diversité de types de sourires selon la personne », rapporte-t-il.
En période de crise, cette diversité devient encore plus importante, souligne le psychologue. « En cas de crise, le sourire prend une signification particulière. On peut soit avoir la résolution, mettre les gens en joie et parfois même le sarcasme ou la moquerie. Tout est interprétation du sourire et dépendra aussi de la circonstance et de la catégorie de la personne », conclut-il.
Au-delà de la recherche d’un chiffre, le message de sensibilisation est donc de préserver les occasions de joie, de lien social et d’expression positive. Sourire ou rire peut faire du bien, mais il ne doit pas être considéré comme une obligation ni comme un traitement médical. Dans un quotidien parfois marqué par les difficultés, trouver des raisons de rire peut simplement contribuer à mieux vivre et à renforcer les relations avec les autres.
Pascal Muvune, journaliste stagiaire
