
À Bukavu, la pêche au sambaza, petit poisson très consommé autour du lac Kivu, connaît une forte régression. Des prises qui pouvaient atteindre une centaine de kilogrammes par nuit seraient désormais limitées à 10 à 20 kilogrammes, selon des acteurs du secteur. Les scientifiques alertent sur la pression croissante exercée sur les ressources halieutiques.
Dans le bassin de Bukavu, les pêcheurs constatent une diminution importante des captures de sambaza, également appelé Limnothrissa miodon. En deux à trois décennies, les prises seraient passées d’environ 100 kilogrammes à seulement 10 à 20 kilogrammes par nuit. Cette évolution traduit, selon des spécialistes, une pression croissante sur les stocks de poissons du lac Kivu.
Cette baisse n’est pas nouvelle. Des données anciennes de la FAO faisaient déjà état d’un recul de la production d’isambaza à partir de la fin des années 1980, après plusieurs années de forte croissance. L’organisation soulignait alors la nécessité de mieux contrôler l’exploitation de cette ressource et de renforcer les recherches sur son évolution.
Dans la baie de Bukavu, la pression de pêche apparaît particulièrement forte. Une étude consacrée à la diversité et aux pêcheries du lac Kivu relève que cette zone compte davantage d’unités de pêche que d’autres secteurs du lac, ce qui exerce une forte pression sur les stocks de sambaza. La diminution de la taille moyenne des poissons avait également été observée.
Les chercheurs du Laboratoire d’hydrobiologie, d’aquaculture et de gestion des ressources naturelles de l’Université officielle de Bukavu, LHAGREN-UOB, mettent notamment en cause l’utilisation d’engins de pêche inadaptés. Filets moustiquaires, petites mailles et pêche dans les zones de frayère peuvent capturer les larves, les alevins et les jeunes poissons avant leur reproduction, explique le laboratoire.
À cette pression halieutique s’ajoutent les préoccupations environnementales. Une étude scientifique sur les cours d’eau de Bukavu a relevé d’importantes concentrations de plusieurs éléments polluants dans certains affluents du bassin du lac Kivu, notamment les rivières Kahuwa, Wesha, Tshula, Bwindi et Nyamuhinga. Ces cours d’eau constituent autant de voies par lesquelles les pressions urbaines peuvent affecter l’environnement lacustre.
Face à cette situation, les scientifiques appellent à une gestion plus rigoureuse de la pêche, à la protection des zones de reproduction et à l’abandon des engins prohibés. Ils recommandent également une meilleure surveillance des activités de pêche et une implication accrue des autorités et des communautés riveraines. Pour le LHAGREN-UOB, la survie du sambaza dépend désormais d’un changement durable des pratiques.
La baisse des prises menace ainsi à la fois les revenus des pêcheurs, l’approvisionnement des ménages et l’équilibre de l’écosystème du lac Kivu. Pour les spécialistes, protéger le sambaza revient aussi à préserver l’avenir d’une activité dont dépendent de nombreuses familles autour du lac.
