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De la manipulation des aliments dans les marchés aux conditions de conservation dans les restaurants, en passant par les habitudes des consommateurs, les risques sanitaires sont présents à plusieurs étapes de la chaîne alimentaire en République démocratique du Congo. Face à cette situation, l’éducation à l’hygiène alimentaire apparaît comme un levier essentiel pour prévenir les maladies et responsabiliser producteurs, vendeurs et consommateurs.

Dans de nombreux espaces de vente, la question de l’hygiène alimentaire ne peut plus être considérée comme un simple détail. Aliments exposés à la poussière, contact répété avec les mains, proximité entre produits crus et aliments prêts à consommer, utilisation d’eau dont la qualité n’est pas toujours garantie ou encore conservation à température inadéquate sont autant de pratiques susceptibles d’augmenter les risques de contamination.

Il ne s’agit pas d’accuser indistinctement les commerçants, mais de regarder avec lucidité les failles qui peuvent exister tout au long de la chaîne alimentaire.

La viande, le poisson, les produits laitiers, les plats préparés, les fruits et légumes ou encore les aliments vendus dans la rue nécessitent des précautions particulières.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle que les aliments peuvent être contaminés par des bactéries, des virus, des parasites, des substances chimiques ou des toxines.

Elle recommande notamment cinq réflexes : maintenir la propreté, séparer les aliments crus des aliments cuits, bien cuire les aliments, respecter les températures de conservation et utiliser de l’eau ainsi que des matières premières sûres.

« Le problème commence souvent par de petites négligences que nous finissons par considérer comme normales », témoigne N’simire, une vendeuse de produits alimentaires dans un marché urbain.

Cette réaction devrait toutefois être remplacée, dans une publication journalistique, par le témoignage vérifié d’une vendeuse réellement interrogée sur le terrain. Car derrière une mauvaise pratique d’hygiène, il peut y avoir une conséquence bien réelle pour le consommateur : intoxication, infection ou maladie d’origine alimentaire.

L’école, première ligne de prévention

C’est pourquoi l’hygiène alimentaire mérite une place plus visible dans l’enseignement en RDC. L’école ne devrait pas seulement apprendre aux enfants à lire, écrire et compter. Elle doit aussi leur transmettre des gestes capables de protéger leur santé et celle de leur communauté.

Se laver correctement les mains, reconnaître un aliment mal conservé, comprendre la différence entre produit cru et produit cuit, vérifier une date de péremption ou protéger les aliments contre les insectes sont des connaissances simples, mais potentiellement salvatrices.

Cette orientation rejoint d’ailleurs la Stratégie nationale de l’alimentation scolaire, santé et hygiène à l’école. Le document insiste notamment sur la manipulation hygiénique des aliments, la formation du personnel chargé des repas scolaires, le stockage approprié des vivres, l’accès à l’eau et l’amélioration de l’environnement scolaire.

« Un enfant qui apprend aujourd’hui les bonnes pratiques peut devenir demain un consommateur plus exigeant et un parent plus responsable », estime Mukanire, enseignant d’une école secondaire.

Cette approche plaide pour une véritable éducation à l’hygiène alimentaire, adaptée à l’âge des élèves et intégrée progressivement aux programmes scolaires, avec des exercices pratiques plutôt qu’un simple enseignement théorique.

La responsabilité ne repose cependant pas uniquement sur l’école. En RDC, le ministère de la Santé reconnaît à travers le Programme national de sécurité sanitaire des aliments la nécessité de contrôler la qualité des aliments commercialisés, d’établir des normes sanitaires, de sensibiliser la population et de former les différents acteurs de la chaîne alimentaire.

La protection du consommateur doit donc être pensée comme une responsabilité collective impliquant l’État, les producteurs, les commerçants, les restaurateurs, les transporteurs, les établissements scolaires et les familles.

Le consommateur doit changer de réflexe

Face aux produits proposés sur les marchés publics, dans les supermarchés, les alimentations, les boucheries-charcuteries ou les restaurants, le consommateur ne devrait pas acheter les yeux fermés. Il doit observer.

Un emballage endommagé, une odeur inhabituelle, une couleur suspecte, une conservation manifestement inadéquate ou l’absence d’informations essentielles doivent inciter à la prudence. Pour les produits emballés, la vérification de la date de péremption et des conditions de conservation constitue également un réflexe élémentaire.

« Le prix ne doit pas être le seul critère. Il faut aussi regarder la qualité et les conditions dans lesquelles l’aliment est vendu », souligne un consommateur. Cette vigilance est d’autant plus importante que le consommateur constitue le dernier maillon de la chaîne avant la consommation.

« Nous avons besoin de plus de sensibilisation, mais aussi de contrôles réguliers », estime Cikuru, un acteur communautaire. Le défi consiste en effet à trouver un équilibre entre la responsabilité individuelle et l’action des pouvoirs publics.

On ne peut pas demander au consommateur de tout contrôler seul, surtout lorsque les conditions de stockage, l’accès à l’eau potable, les infrastructures des marchés ou les moyens de conservation font défaut.

« Dans un restaurant, le client devrait pouvoir avoir confiance dans la propreté des lieux et dans la manière dont les aliments sont préparés », observe, à titre d’exemple, un habitué des restaurants. Cette exigence doit également concerner les vendeurs et manipulateurs d’aliments.

La formation régulière, l’hygiène corporelle, le nettoyage des surfaces, la protection des aliments et le respect de la chaîne du froid doivent devenir des standards, et non des pratiques occasionnelles.

Au bout du compte, l’hygiène alimentaire en RDC doit sortir du domaine des campagnes ponctuelles pour devenir une véritable culture nationale. « Prévenir une maladie coûte moins cher que la traiter », résume, un professionnel de santé qui a requis l’anonymat.

L’enjeu dépasse donc la simple propreté d’un étal ou d’une cuisine : il touche directement à la santé publique, à l’éducation, à la protection du consommateur et à la responsabilité citoyenne.

L’OMS souligne d’ailleurs que la sécurité sanitaire des aliments est une responsabilité partagée entre les pouvoirs publics, les professionnels et les consommateurs.

Pour la RDC, le réflexe à promouvoir est finalement simple : regarder, vérifier, questionner et refuser lorsque les conditions présentent un risque évident.

Dans les écoles, les enfants doivent apprendre ces gestes. Dans les marchés, les vendeurs doivent être accompagnés et contrôlés. Dans les restaurants et commerces, les normes d’hygiène doivent être respectées. Et dans les familles, les parents doivent transmettre ces habitudes.

L’objectif n’est pas de créer la peur autour de la nourriture, mais de faire de la sécurité alimentaire une exigence quotidienne. C’est aussi dans cette logique que les médias peuvent contribuer à informer, sensibiliser et maintenir la question de l’hygiène alimentaire au cœur du débat public.

Article produit dans le cadre de la campagne de sensibilisation MALISHO BORA SHULENI

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