

À Uvira, dans le Sud-Kivu, la succession d’actes violents enregistrés à la première quinzaine de ce mois d’Avril 2026, dépasse le simple registre sécuritaire. Elle s’installe dans le quotidien comme une atmosphère persistante, modifiant les comportements sociaux, les habitudes de vie et la manière dont les habitants interagissent entre eux. Dans plusieurs quartiers, notamment Mulongwe et Kavimvira, la peur devient progressivement un élément structurant du vivre-ensemble.
Les faits rapportés sur cette période découverte de corps sans vie, attaques de ménages, assassinats et agressions armées ont renforcé un climat d’incertitude généralisée. Dans la rue comme dans les foyers, la prudence s’impose, et les échanges sociaux s’amenuisent.
Dans les quartiers touchés, la peur influence désormais les gestes les plus simples du quotidien. Les habitants parlent d’une transformation silencieuse mais profonde de la vie sociale.
« On ne sort plus comme avant. Même pour rendre visite à un voisin, on réfléchit deux fois », témoigne une habitante de Kasenga, qui dit vivre dans une vigilance constante.
Cette réalité est partagée par d’autres résidents qui observent une dégradation du lien social. « Avant, les enfants jouaient ensemble dehors. Aujourd’hui, chaque famille garde ses enfants à l’intérieur. La rue n’est plus un espace de confiance », explique un père de famille à Mulongwe.
Dans les commerces, la méfiance est également perceptible. « Même les clients réguliers, on les observe différemment maintenant. On ne sait jamais ce qui peut arriver », confie une commerçante de Kavimvira.
Un jeune du quartier ajoute : « On vit ensemble, mais chacun est dans sa peur. On ne se fait plus totalement confiance. »
Ces témoignages traduisent une rupture progressive du tissu social. Les espaces de rencontre se vident, les interactions spontanées diminuent, et la peur devient un filtre permanent dans les relations humaines.
Le repli sur soi comme nouvelle norme sociale
Face à l’insécurité perçue, les habitants développent des stratégies individuelles de protection qui transforment profondément la vie collective. Les déplacements sont réduits, les activités écourtées et les rassemblements évités.
« Avant 19 heures, tout le monde est déjà chez soi. Même les conversations de quartier ont disparu », regrette un habitant de Kavimvira.
Cette dynamique de repli est accompagnée d’un climat de suspicion. L’absence d’identification claire des auteurs des violences alimente les interrogations et renforce la méfiance.
« On ne sait plus qui est qui. Même un inconnu qui passe dans la rue peut susciter la peur », confie un autre résident de Mulongwe.
Un acteur de la société civile locale observe une transformation plus large : « Ce qui est dangereux, ce n’est pas seulement la violence elle-même, c’est la manière dont elle détruit la confiance entre les gens. Une communauté sans confiance devient fragile, même sans attaques. »
Dans certains cas, cette méfiance affecte même les mécanismes de solidarité traditionnelle. Des habitants expliquent qu’ils hésitent désormais à intervenir ou à signaler certains faits, par peur de représailles ou par simple retrait social.
« On préfère rester en retrait. Chacun essaie de protéger sa famille d’abord », résume un habitant de Kasenga.
Au fil des jours, Uvira semble ainsi entrer dans une phase où l’insécurité ne se limite plus à ses manifestations visibles, mais s’étend à la sphère invisible des relations humaines. La cohésion sociale, autrefois portée par la proximité et l’entraide, se fragilise sous le poids de la peur et du doute.
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