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Dans plusieurs villages du territoire de Kabare, au Sud-Kivu, l’accès des femmes à la terre reste une question sensible, souvent au centre de conflits familiaux et communautaires. Alors que la loi congolaise reconnaît l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage et de propriété, les pratiques coutumières continuent de privilégier les hommes dans la gestion des terres. Cette contradiction entre droit écrit et tradition explique les tensions observées dans plusieurs localités rurales.

La Constitution de la République démocratique du Congo consacre pourtant clairement le principe d’égalité. L’article 14 dispose que « la femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales » et garantit l’élimination de toute forme de discrimination à son égard.

De son côté, le Code de la famille, modifié en 2016, reconnaît l’égalité des droits entre les enfants en matière de succession. L’article 758 précise que tous les enfants héritent de leurs parents sans distinction de sexe. Malgré ces dispositions, leur application reste difficile dans plusieurs communautés où la gestion de la terre relève encore largement de la coutume.

À Kabare, certains chefs locaux reconnaissent l’existence de cette contradiction. « Selon la loi, les filles ont les mêmes droits que les garçons. Mais dans la coutume, la terre appartient au clan et ce sont les hommes qui la gardent », explique un chef de sous-village du groupement de Bugorhe, rencontré lors d’une séance de sensibilisation organisée récemment dans la région.

Il ajoute que les conflits surgissent souvent après le décès des parents, lorsque les filles réclament une part d’héritage que la famille refuse de leur accorder.

Du côté des femmes, plusieurs témoignages font état de situations difficiles. Chantal (nom modifié), habitante de Kabare-centre, affirme avoir été exclue du partage des terres familiales après la mort de son père.

« Mes frères ont dit que je suis mariée et que je dois vivre sur la terre de mon mari. Pourtant, la loi dit que nous sommes tous égaux. Je n’ai pas voulu me battre avec ma famille, mais je sais que ce n’est pas juste », raconte-t-elle.

Des organisations locales de défense des droits humains confirment que ce type de cas est fréquent, surtout dans les milieux ruraux.

Face à ces tensions, des associations communautaires ont lancé des campagnes de sensibilisation pour rapprocher les pratiques locales des textes légaux. Ces rencontres réunissent chefs coutumiers, notables, femmes et jeunes afin de discuter des droits successoraux et des règles foncières.

« Nous ne venons pas pour combattre la coutume, mais pour expliquer la loi et chercher un équilibre qui protège tout le monde », explique une responsable d’organisation locale impliquée dans ces activités.

Malgré ces efforts, le changement des mentalités reste progressif. Certains leaders communautaires estiment que la question de la terre touche à l’identité même des familles et des clans, ce qui rend toute réforme délicate. Entre respect des traditions et application des lois nationales, l’accès des femmes à la terre demeure ainsi l’un des défis majeurs pour la prévention des conflits fonciers et la promotion de l’égalité dans le territoire de Kabare.

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