

Au Tanganyika, des dizaines de milliers de déplacés affluent, fuyant les combats, la peur et la faim. Écoles et églises deviennent des refuges de fortune, tandis que les communautés hôtes ploient sous un choc humanitaire sans précédent.
La détérioration accélérée de la situation sécuritaire au Sud-Kivu provoque un déplacement massif de populations vers le Grand Katanga, avec un impact particulièrement lourd dans la province du Tanganyika. Selon les données publiées le 26 décembre 2025 par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), près de 28 000 personnes déplacées ont déjà été identifiées dans cette province. Un chiffre alarmant qui traduit l’ampleur d’une crise humanitaire en expansion, aux conséquences immédiates sur les services sociaux, la sécurité alimentaire et la cohésion communautaire.
À Nyemba, dans le territoire de Kalemie, l’afflux est tel qu’il bouleverse l’équilibre démographique local. Une évaluation rapide menée par la Croix-Rouge avec l’appui de l’UNICEF révèle que ces déplacés, majoritairement originaires d’Uvira, Baraka et Makobola, représentent près de 74 % de la population des communautés hôtes. « Nous n’avons jamais vu une arrivée aussi massive en si peu de temps », confie un responsable communautaire de Nyemba, la voix chargée d’inquiétude. « Les familles locales partagent le peu qu’elles ont, mais tout s’épuise. »
Les lieux de culte et les établissements scolaires servent désormais d’abris improvisés. Les conditions de vie y sont précaires, marquées par la promiscuité, le manque d’eau potable et l’insuffisance des soins de santé. « Nous dormons à même le sol, avec nos enfants, sans moustiquaires ni couvertures », témoigne Marie, déplacée d’Uvira, les yeux rougis par la fatigue. « Nous avons fui les balles, mais ici, la faim et la maladie nous guettent. »
Depuis le 2 décembre, l’intensification des affrontements armés dans plusieurs zones de santé du Sud-Kivu dont Ruzizi, Lemera, Nundu, Fizi et Kalehe a provoqué le déplacement d’environ 500 000 personnes. Une partie de ces populations a trouvé refuge à Nyemba et Kalemie, saturant des sites déjà surpeuplés. « Les besoins sont immenses : nourriture, abris, soins, eau et protection », alerte un agent humanitaire sur le terrain. « Sans un soutien rapide, la situation pourrait devenir incontrôlable. »
Dans les communautés d’accueil, la solidarité se heurte à la réalité de la pauvreté. « Nous accueillons nos frères et sœurs, mais nos réserves sont vides », explique un chef local de Kalemie. « Les enfants ne vont plus à l’école, les centres de santé manquent de médicaments. C’est toute la province qui souffre. » Cette pression croissante fragilise un tissu social déjà éprouvé par des crises récurrentes.
Au-delà des frontières provinciales, la crise du Sud-Kivu a des répercussions régionales, confirmant son caractère durable et complexe. « Ce déplacement massif n’est pas un épisode passager, c’est une urgence prolongée », avertit un représentant d’une agence onusienne. « Sans une réponse humanitaire renforcée et une amélioration de la sécurité, l’exode se poursuivra, aggravant encore la détresse des populations civiles. » Dans l’est de la RDC, l’urgence humanitaire s’installe, implacable, au rythme des combats qui ne cessent de pousser des familles entières sur les routes de l’exil.
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