

Le 72ᵉ Conseil des ministres a annoncé fièrement l’adoption de la Politique nationale du service public de l’eau (PNSPE). Selon le gouvernement, ce document stratégique serait censé garantir à tous les Congolais un accès universel à l’eau potable d’ici 2035 et améliorer la gouvernance de ce secteur vital. Pourtant, derrière ces annonces se cache une réalité beaucoup moins reluisante : une fois encore, les promesses gouvernementales semblent déconnectées des défis concrets auxquels fait face la population.
Pour Patrick Muyaya, ministre de la Communication, et Sakombi Molendo, ministre des Ressources hydrauliques, la PNSPE incarne l’engagement de l’État à répondre aux besoins fondamentaux des citoyens. Mais pour beaucoup d’observateurs, il s’agit surtout d’un texte administratif destiné à rassurer les partenaires financiers et attirer des investissements. En pratique, les Congolais continuent de subir les coupures d’eau fréquentes, les réseaux vétustes et les inégalités flagrantes entre zones urbaines et rurales. Comment peut-on prétendre atteindre 70 % d’accès en zone rurale alors que certaines provinces restent depuis des décennies privées d’un service régulier et sécurisé ?
La stratégie prévoit un financement via le Fonds national de l’eau, les redevances, les contributions des partenaires internationaux, et des partenariats publics-privés. Cependant, l’expérience passée montre que l’argent promis se perd souvent dans des circuits opaques, sans jamais se traduire en infrastructures tangibles. Les PPP, eux, sont régulièrement critiqués pour privilégier les profits au détriment de l’intérêt public, laissant la population payer le prix fort pour une eau encore plus rare et chère.
Au final, la PNSPE ressemble à un « instrument stratégique » sur le papier, mais reste largement théorique. Elle ne tient pas compte de l’urgence d’investir réellement dans les réseaux existants, de moderniser la REGIDESO ou de renforcer les capacités locales. Sans volonté politique réelle et contrôle strict des financements, ce plan restera un simple discours, un autre exemple de promesse gouvernementale destinée à séduire les caméras plutôt qu’à transformer la vie des Congolais. L’eau, ressource vitale, ne peut pas attendre 2035 pour devenir un droit effectif pour tous.
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