0 4 minutes 4 mois

À Bruxelles, le président Félix Tshisekedi a adopté un ton apaisé, appelant à “faire la paix des braves” devant la communauté internationale. Un message que beaucoup ont jugé élégant, mais qui, au regard des réalités du terrain, soulève de sérieuses interrogations sur la cohérence politique de Kinshasa. Après des années de discours offensifs et de promesses de reconquête, la diplomatie congolaise semble soudain changer de cap sans explication claire. Cette volte-face donne l’image d’un pouvoir hésitant, oscillant entre volonté de paix et incapacité à affirmer une ligne stratégique durable.

Cette posture déroutante ne passe pas inaperçue chez les observateurs. Pour plusieurs analystes, le Congo peine à définir sa place dans la région. “On ne comprend plus la logique du pouvoir : tantôt la fermeté, tantôt la main tendue”, commente un professeur de relations internationales à Bukavu. Cette communication contradictoire affaiblit la parole officielle et brouille le message du pays à ses partenaires. Car à force de multiplier les signaux divergents, Kinshasa finit par donner l’impression de subir les événements plutôt que de les orienter.

Sur le terrain diplomatique, cette approche pourrait coûter cher. Le geste présidentiel, salué à Bruxelles, laisse toutefois un goût d’improvisation à l’intérieur du pays. Le Congo apparaît davantage préoccupé par son image extérieure que par la solidité de sa stratégie interne. “La paix est une noble quête, mais elle exige une vision claire et un cap précis”, estime un acteur de la société civile du Sud-Kivu. Or, en privilégiant les symboles plutôt que la cohérence, Kinshasa risque de miner sa propre crédibilité sur la scène régionale.

Ce désalignement entre discours et action interroge d’autant plus que la population attend des mesures concrètes : sécuriser les zones instables, convoquer un dialogue inclusif interne, résoudre les problèmes de fond de cette crise et redonner confiance aux citoyens. Or, sur ces plans, le gouvernement semble souvent évasif. “Le pays n’a pas besoin d’une diplomatie d’applaudissements, mais d’une diplomatie d’efficacité”, lance un jeune politologue de Bukavu. Les Congolais, fatigués des annonces, espèrent des décisions courageuses plutôt que des appels symboliques depuis les capitales étrangères.

En misant sur la paix à tout prix, Kinshasa prend un risque : celui d’apparaître conciliant sans être cohérent. Car la paix ne se résume pas à un discours, surtout quand les populations attendent des résultats tangibles. Le Congo doit se redéfinir non pas par des gestes spectaculaires, mais par une stratégie lucide, articulée et assumée. Faute de quoi, la main tendue de Bruxelles restera une image forte… mais creuse, symbole d’une diplomatie qui cherche encore sa colonne vertébrale.


  • RDC-Rwanda-Burundi : l’UA déploie sa médiation pour la paix

    Une importante délégation du Panel des facilitateurs de l’Union africaine (UA) poursuit sa tournée diplomatique en Afrique centrale et orientale, visant à consolider la paix en République démocratique du Congo (RDC) et dans la région des Grands Lacs. Après Kinshasa, le 29 janvier 2026, les facilitateurs se dirigent…

  • Collecte d’argent pour Pape Thiaw : le coach sénégalais refuse la cagnotte

    Héros national depuis avoir conduit le Sénégal à un deuxième sacre continental historique, Pape Bouna Thiaw continue de susciter une vague d’admiration et de solidarité à travers le pays. Dernier témoignage en date : une cagnotte en ligne lancée spontanément par des supporters désireux d’aider le sélectionneur à…

  • Sanctions de la CAF : Le Sénégal monte au créneau

    Face aux sanctions infligées par la Confédération africaine de football (CAF) à l’encontre du Sénégal, et plus particulièrement à son sélectionneur Pape Thiaw, les autorités sénégalaises ont décidé de ne pas rester spectatrices. Une riposte juridique est engagée. La Fédération sénégalaise de football dispose de deux leviers :…

  • Walungu : le pont Tiazo menacé met Kaziba en péril

    Le pont Tiazo, reliant la chefferie de Kaziba à Nyangezi et à la ville de Bukavu, est aujourd’hui sur le point de céder. Son état de délabrement avancé inquiète profondément les habitants qui craignent pour leur sécurité et la continuité des échanges commerciaux. Chaque passage sur le pont…

  • Kalehe : la coupure du réseau téléphonique paralyse plusieurs villages

    La Nouvelle société civile du territoire de Kalehe tire la sonnette d’alarme face à la coupure prolongée du réseau téléphonique qui touche plusieurs agglomérations, groupements et villages. Selon Benjamin Muganzi, président de cette structure, le groupement de Mbinga Nord est privé de connexion depuis près de deux semaines, perturbant gravement les transactions mobiles, les…

  • Kalehe : à Tchofi, la population plaide pour la relance agricole

    Au cœur du territoire de Kalehe, dans la province du Sud-Kivu, le village Tchofi vit au rythme des espoirs et des difficultés. Les habitants plaident pour la reprise des activités agricoles, longtemps paralysées par les conflits qui secouent la région. Plusieurs projets initiés par des organisations locales et…

About The Author


En savoir plus sur L'ESSENTIEL RDC

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *