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À Bukavu, l’urbanisation rapide redessine non seulement les paysages, mais aussi l’environnement sonore. Klaxons, moteurs, chantiers et musique amplifiée composent désormais le fond sonore quotidien. Une réalité qui dépasse la gêne humaine : ces bruits urbains perturbent profondément le chant des oiseaux, élément central de leur communication et de leur reproduction. Enquête au cœur d’un déséquilibre silencieux qui menace la biodiversité locale.

Le chant des oiseaux est bien plus qu’un simple ornement sonore. Il structure la vie aviaire : attirer un partenaire, marquer un territoire, alerter d’un danger. À Bukavu, ces chants accompagnaient autrefois les matins des communes de Bagira, Ibanda ou Kadutu. Aujourd’hui, ils se font plus rares ou plus discrets, étouffés par la montée continue du bruit urbain.

Une ville devenue un mur sonore

Avec l’augmentation du trafic routier, la prolifération des motos-taxis et l’expansion des chantiers, la ville s’est transformée en une véritable cacophonie. Selon le biologiste Dr Jean Mukebayi, cette pollution sonore interfère directement avec les fréquences utilisées par les oiseaux.

« Le bruit humain occupe les mêmes bandes sonores que les chants d’oiseaux. Résultat : leurs messages ne passent plus correctement », explique-t-il.

Pour survivre, certains oiseaux tentent de s’adapter. Ils chantent plus fort, modifient la hauteur de leurs sons ou décalent leurs horaires. Mais ces ajustements ont un coût.

La professeure Marie-Claire Lumbala, écologue à l’Université de Bukavu, alerte : « En changeant leur chant, les oiseaux risquent de ne plus être reconnus par leurs congénères. Cela compromet l’accouplement et fragilise les populations. »

À Kadutu, le silence remplace les trille. Dans les quartiers populaires, les habitants constatent cette disparition progressive. « Avant, les oiseaux nous réveillaient. Aujourd’hui, ce sont les moteurs », regrette M. Kambale, commerçant à Kadutu.

Mme Ndengeyingoma, vendeuse au marché, ajoute : « Certains jours, on n’entend aucun oiseau. Le bruit est devenu permanent. »

Une reproduction fragilisée

Le chant joue un rôle clé dans le choix du partenaire. Lorsqu’il est masqué ou déformé, les oiseaux peinent à se reproduire. Certains abandonnent même les zones trop bruyantes.

« On observe une baisse progressive de certaines espèces en milieu urbain », confirme Dr Mukebayi, « ce n’est pas une disparition brutale, mais une extinction silencieuse. »

Les petits oiseaux chanteurs, aux sons fins et aigus, sont les plus exposés. À Bukavu, moineaux, tisserins et bulbuls désertent les zones saturées de bruit pour se réfugier dans les rares espaces verts encore calmes ou en périphérie de la ville.

Si certains oiseaux parviennent temporairement à s’adapter, cette stratégie épuise leurs ressources. « Chanter plus fort demande plus d’énergie. Cette énergie n’est plus utilisée pour nourrir les petits ou échapper aux prédateurs », explique la professeure Lumbala. À long terme, cette pression constante menace l’équilibre écologique urbain.

Des solutions concrètes pour aider les oiseaux dans nos quartiers

Face à ce constat, des actions simples et locales peuvent faire la différence : réduire l’usage abusif des klaxons, surtout tôt le matin et le soir ; limiter la musique amplifiée dans les zones résidentielles ; planter des arbres et des haies, qui absorbent le bruit et offrent des refuges ; préserver et créer de petits espaces verts communautaires ; sensibiliser les enfants et les jeunes à l’importance du silence pour la nature ; encourager les autorités locales à intégrer la lutte contre la pollution sonore dans l’aménagement urbain. « Si chacun fait un petit effort, les oiseaux peuvent revenir », espère Mme Ndengeyingoma.

À Bukavu, le silence devient un enjeu écologique. Protéger le chant des oiseaux, ce n’est pas seulement préserver une beauté sonore : c’est défendre la vie, l’équilibre et l’âme même de la ville. Car une cité où les oiseaux ne chantent plus est une ville qui perd peu à peu sa respiration naturelle.

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