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À Bukavu, la section pédagogique connaît une baisse préoccupante de ses effectifs dans plusieurs établissements, selon des enseignants et acteurs de la société civile. Certains établissements auraient cessé d’organiser les classes de première, deuxième et troisième pédagogiques, faisant craindre une pénurie de futurs enseignants du primaire. Face à cette situation, des voix appellent l’État à améliorer les conditions de travail des enseignants et les parents à continuer de valoriser le métier.

Dans plusieurs établissements scolaires de Bukavu, la section pédagogique semble perdre progressivement son attractivité. Le constat est notamment rapporté par David Cikuru, enseignant et défenseur des droits humains, qui affirme avoir observé le phénomène au cours de visites effectuées dans différentes écoles.

« Nous avons observé que depuis trois ans jour pour jour, nous n’avons pas d’élèves en première année pédagogique, en deuxième pédagogique, même en troisième. Nous avons fermé ces classes-là. Aujourd’hui nous sommes en quatrième année. Donc nous sommes en dernière année, les élèves qui vont devoir présenter l’examen d’État d’ici 2026-2027 », explique-t-il.

Selon cet enseignant, la situation ne concerne pas uniquement son établissement. Il dit avoir constaté des situations similaires dans plusieurs écoles organisant la pédagogie.

« Comme défenseur des droits humains, je circulais dans plusieurs écoles qui organisent la section pédagogique. J’ai trouvé que beaucoup de classes avaient déjà fermé et j’avais demandé la cause », poursuit David.

La province éducationnelle Sud-Kivu 1, qui comprend notamment Bukavu, Kabare, Walungu, Idjwi et Kalehe, constitue un vaste espace scolaire. Les données officielles du ministère de l’Éducation nationale recensent 13 sous-divisions dans cette province éducationnelle.

L’échec et les conditions de vie au cœur des inquiétudes

Pour cet enseignant, plusieurs facteurs expliquent la désaffection des jeunes pour la section pédagogique. Il cite notamment les résultats jugés insuffisants à l’Examen d’État et les conditions socio-économiques difficiles des enseignants.

« Et plusieurs préfets avaient dit que d’abord l’échec à l’examen d’État dans la section pédagogique. À part ça, la motivation de l’enseignant. Beaucoup d’enfants ne veulent plus devenir enseignants à cause des conditions de vie misérables dans lesquelles les enseignants vivent », affirme-t-il.

À ces difficultés s’ajoute, selon lui, la concurrence des filières techniques et professionnelles, devenues plus attractives pour de nombreux élèves. Il cite notamment le bâtiment, l’électricité et l’électronique.

« À part ça, beaucoup d’enfants préfèrent aujourd’hui les sections techniques, le bâtiment, l’électricité, l’électronique », souligne David Cikuru.

La crainte d’une pénurie d’enseignants du primaire

Au-delà de la baisse des inscriptions, l’inquiétude porte surtout sur les conséquences à long terme. La section pédagogique constitue en effet l’une des voies de formation des futurs enseignants. Sa perte d’attractivité pourrait donc compliquer progressivement le renouvellement du personnel enseignant.

« Mais la question qui se pose, qui vont maintenant enseigner à l’école primaire ? Là où vont les choses ? Parce que ceux qui sont en train de vieillir. Et qui va les remplacer ? Personne. Donc on est en train de tuer cette section pédagogique », alerte l’enseignant.

David Cikuru estime que les conséquences pourraient dépasser le seul enseignement primaire. Selon lui, une faiblesse de la formation des enseignants pourrait, à terme, affecter l’ensemble de la chaîne éducative.

« Donc même l’école primaire qui est, donc je peux dire la racine, et l’école secondaire et l’université. Donc nous aurons des problèmes, des difficultés à avoir même des enfants qui vont faire même l’école secondaire, voire même l’université », prévient-il.

Pour 2026, la province éducationnelle Sud-Kivu 1 a enregistré 42.214 candidats à l’Examen d’État, dont 21.850 filles, répartis dans 115 centres. Ces chiffres montrent l’importance du système éducatif dans cette partie de la province, même s’ils ne permettent pas à eux seuls de mesurer la situation spécifique de la section pédagogique.

Face à cette situation, Cikuru appelle les autorités à agir en priorité sur les conditions de vie des enseignants du primaire.

« Je demande d’abord aux autorités de prendre en charge les enseignants, surtout de l’école primaire. Parce que vous savez que les enseignants de l’école secondaire se plaignent moins, parce qu’ils ont d’abord la prime des parents, ils ont aussi le salaire de l’État. Mais ceux de l’école primaire, ils sont dans la gratuité. S’ils touchent 300 000, et vous imaginez à Bukavu 300 000, c’est là où il y a les loyers. Il va faire scolariser ses enfants et aussi les problèmes de famille. Tout ça, vous comprenez que cet enseignant-là est en difficulté. Donc il faut privilégier ces enseignants-là de l’école primaire. C’est ce que nous demandons à l’État », recommande-t-il.

L’enseignant adresse également un message aux familles, estimant que la valorisation du métier passe aussi par le soutien moral aux enseignants.

« À part ça, aux parents, nous leur demandons toujours d’avoir le courage, d’encourager aussi ces enseignants qui continuent à se donner corps et âme pour encadrer les enfants », dit-il.

Aucun chiffre officiel permettant d’établir précisément le nombre d’écoles ayant fermé leur section pédagogique à Bukavu n’a été fourni dans cet entretien à bâton rompu avec L’essentiel Rdc.

Alors que plusieurs établissements continuent de former des élèves en pédagogie, le recul signalé dans certaines écoles pose une question de fond : qui prendra demain la relève des enseignants du primaire qui quittent progressivement le métier ?

Pour les acteurs interrogés, la réponse passe désormais par une meilleure valorisation de la profession, une amélioration des conditions de vie et un suivi plus attentif de l’évolution des effectifs dans la section pédagogique.

L’ESSENTIEL RDC, basé à Bukavu, poursuivra cette enquête auprès des écoles et des autorités éducatives afin de mesurer l’ampleur réelle du phénomène.

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