

Dans les principales villes de la République démocratique du Congo, les enfants vivant dans la rue évoluent dans un environnement où les risques d’exposition à la criminalité sont élevés. Leur vulnérabilité, combinée à l’absence de protection familiale et institutionnelle, les place au cœur de multiples formes d’exploitation.
Entre survie quotidienne et pression de leur environnement immédiat, certains finissent par être impliqués, volontairement ou non, dans des activités délictueuses.
Les acteurs sociaux et humanitaires soulignent que ces enfants sont souvent ciblés par des individus ou des réseaux qui exploitent leur situation de précarité. « Certains adultes les utilisent pour transporter des marchandises illégales, d’autres les impliquent dans des vols ou des activités informelles à risque », explique un travailleur social. Cette réalité met en évidence une forme de manipulation qui repose sur la dépendance et le manque d’alternatives.
Un jeune de 15 ans rencontré dans un quartier périphérique de Bukavu témoigne : « On nous propose de l’argent pour faire des petites courses, mais parfois on ne sait même pas ce qu’on transporte. Quand on refuse, on n’a rien à manger. »
Ce témoignage illustre la manière dont les contraintes de survie peuvent pousser certains enfants à accepter des activités contraires à la loi, sans en mesurer pleinement les conséquences.
Sur le plan juridique, la République démocratique du Congo dispose de mécanismes de protection. La Loi n°09/001 portant protection de l’enfant interdit toute forme d’exploitation des enfants, y compris leur utilisation dans des activités criminelles. Elle prévoit également des mesures de protection pour les enfants en situation de vulnérabilité. Par ailleurs, la Convention relative aux droits de l’enfant stipule que les États doivent protéger les enfants contre toute forme d’exploitation économique ou de participation à des activités illicites.
Cependant, malgré ce cadre juridique, l’application reste confrontée à des défis majeurs. Les institutions chargées de la protection de l’enfance manquent souvent de moyens, et les mécanismes de suivi et de réhabilitation sont limités. Les forces de l’ordre, quant à elles, sont parfois perçues comme répressives plutôt que protectrices, ce qui peut renforcer la méfiance entre les enfants des rues et les institutions publiques.
Des habitants interrogés dans certaines zones urbaines expriment leur inquiétude face à l’augmentation de la petite criminalité impliquant des enfants. « On voit parfois des groupes d’enfants impliqués dans des vols à la tire ou des actes d’incivilité », confie un riverain. Toutefois, plusieurs observateurs appellent à une lecture plus nuancée, estimant que ces comportements sont souvent le résultat de conditions de vie extrêmes plutôt que d’un choix délibéré.
Les organisations de la société civile plaident pour une approche combinant protection, prévention et réinsertion. Elles estiment que la réponse ne doit pas se limiter à des mesures sécuritaires, mais intégrer des programmes de réhabilitation sociale et économique. Un responsable d’un centre d’encadrement affirme : « Il faut offrir à ces enfants des alternatives concrètes, sinon ils resteront exposés aux mêmes risques. »
En définitive, l’exposition des enfants des rues à la criminalité en RDC révèle une interaction complexe entre vulnérabilité sociale, défaillance des mécanismes de protection et pressions économiques. Le cadre juridique existe, mais son efficacité dépend de sa mise en œuvre réelle et de la capacité des acteurs à travailler de manière coordonnée. Protéger ces enfants, c’est non seulement faire respecter la loi, mais aussi prévenir la reproduction de cycles de marginalisation et de délinquance qui affectent l’ensemble de la société.
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