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La qualification des Léopards de la RDC pour la Coupe du monde 2026 aurait dû être, avant tout, une victoire sportive collective, fruit d’un travail technique, d’un encadrement rigoureux et de l’engagement des joueurs. Pourtant, dans l’arène politique congolaise, chaque succès national semble condamné à être aussitôt capturé, reconfiguré et brandi comme un trophée partisan. À peine les dernières émotions dissipées que s’installe déjà une narration où la victoire ne serait plus celle d’une équipe, mais celle d’un seul récit, soigneusement construit pour servir des intérêts d’image.

Cette tendance à la personnalisation excessive des succès publics révèle une pratique bien ancrée : la récupération politicienne. Dans ce cas précis, l’on observe une mise en avant quasi exclusive de l’autorité politique comme artisan principal de la qualification, reléguant au second plan les véritables acteurs du terrain. Une telle lecture, simplificatrice et orientée, contribue à déformer la réalité des efforts fournis par les joueurs, le staff technique, les encadreurs et même les supporters dont l’énergie a nourri cette dynamique.

Plus préoccupant encore, cette appropriation symbolique traduit une confusion entre communication politique et récit national. Là où l’État devrait incarner un cadre d’accompagnement, de soutien institutionnel et de facilitation, il se transforme progressivement en acteur central unique, revendiquant des résultats qui relèvent en réalité d’une pluralité d’acteurs. À force de concentrer la lumière sur une seule figure ou une seule institution, on finit par éclipser la dimension collective du mérite, pourtant essentielle dans toute performance d’envergure.

Cette posture interroge également la maturité du débat public. En instrumentalisant des victoires populaires à des fins d’image, une partie de la classe politique entretient une culture où l’événement sportif devient un levier de légitimation plutôt qu’un moment d’unité nationale. Or, le sport, par essence, transcende les clivages politiques. Il rassemble, fédère et offre un espace où les appartenances partisanes devraient s’effacer au profit d’un sentiment commun d’appartenance.

À terme, cette récupération systématique risque d’installer une perception biaisée des réussites nationales, où chaque progrès est réécrit à travers le prisme du pouvoir en place. Une telle dynamique affaiblit non seulement la reconnaissance des acteurs de terrain, mais aussi la confiance dans une narration publique équilibrée. Reconnaître les efforts des institutions est légitime ; les monopoliser au détriment des autres l’est beaucoup moins.

En définitive, la qualification des Léopards devrait rester ce qu’elle est : un moment de fierté collective, un symbole d’espoir et d’unité. La tentation de la récupération politicienne en réduit la portée et en altère le sens. Dans un pays en quête de cohésion, le sport mérite mieux qu’une appropriation : il appelle à une reconnaissance partagée, loin des calculs d’image et des récits imposés.

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