

Dans un pays où tomber malade peut encore signifier s’endetter, renoncer à se soigner ou risquer sa vie faute de prise en charge adéquate, le droit à la santé apparaît de plus en plus comme une promesse inachevée. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, le contraste entre les engagements juridiques et la réalité vécue par les populations en République démocratique du Congo interpelle. Car derrière les discours, les structures sanitaires peinent à remplir leur mission essentielle, laissant des millions de citoyens face à un système fragile, inégal et souvent inaccessible.
À cet égard, la Constitution du 18 février 2006, en son article 47, garantit explicitement le droit à la santé, tandis que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), en son article 12, reconnaît le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle également que l’accès aux soins essentiels constitue un pilier fondamental de la couverture sanitaire universelle. Pourtant, ces principes restent largement théoriques dans leur application.
Les infrastructures sanitaires, lorsqu’elles existent, sont souvent dans un état de délabrement avancé. Hôpitaux sous-équipés, centres de santé dépourvus d’électricité, absence d’eau potable, équipements obsolètes : autant de conditions qui compromettent la qualité des soins et mettent en danger la vie des patients. Dans plusieurs zones, les structures de santé ne répondent plus aux normes minimales, obligeant les malades à parcourir de longues distances ou à renoncer purement et simplement aux soins. Or, la Loi n°18/035 du 13 décembre 2018 relative aux principes fondamentaux de la santé publique en RDC impose à l’État de garantir la disponibilité, l’accessibilité, l’acceptabilité et la qualité des services de santé, en cohérence avec les standards définis par l’OMS.
À cette défaillance matérielle s’ajoute une gestion préoccupante des ressources humaines. Le personnel médical, pourtant en première ligne, évolue dans des conditions de travail précaires, caractérisées par des rémunérations insuffisantes, des retards de paiement et un manque criant de motivation. Cette situation favorise l’exode des professionnels de santé, aggravant ainsi le déficit en compétences et réduisant davantage la capacité de prise en charge des patients. Les obligations issues du PIDESC et des recommandations de l’OMS impliquent pourtant la valorisation, la formation continue et la protection du personnel de santé comme élément clé d’un système performant.
Le problème des intrants médicaux constitue un autre maillon faible du système. Les ruptures fréquentes en médicaments essentiels, en vaccins et en consommables médicaux rendent difficile, voire impossible, une prise en charge efficace des malades. Dans de nombreux établissements, les familles sont contraintes d’acheter elles-mêmes les médicaments ou de se tourner vers des circuits informels, souvent plus coûteux et moins sûrs. Cette situation accentue les inégalités et exclut les plus vulnérables de l’accès aux soins, en contradiction avec les principes d’équité, d’accessibilité financière et de non-discrimination consacrés par la Constitution, la Loi n°18/035, ainsi que les engagements internationaux de la RDC.
Plus préoccupant encore, la gratuité de la maternité, présentée comme une avancée sociale majeure, reste largement théorique sur le terrain. Entre les frais exigés de manière directe ou indirecte, les ruptures de services et les obstacles administratifs, de nombreuses femmes enceintes continuent de payer pour accoucher. Cette réalité trahit les engagements publics et expose les femmes à des risques sanitaires évitables, en contradiction avec les obligations de l’État de garantir des soins maternels accessibles, sûrs et abordables, telles que recommandées par l’OMS et prévues par les instruments internationaux ratifiés par la RDC.
Face à ce tableau, l’accès aux soins de santé primaire demeure un défi majeur. Une large partie de la population n’a toujours pas accès à des services de base de qualité, ce qui entraîne une aggravation des maladies évitables et une surcharge des structures de référence. L’absence d’une politique sanitaire cohérente, soutenue par des investissements conséquents et une gestion rigoureuse, contribue à maintenir le système dans un cercle vicieux de fragilité chronique, en décalage avec les obligations constitutionnelles et les engagements internationaux de l’État congolais.
Il devient dès lors urgent que les pouvoirs publics rompent avec l’indifférence et placent réellement la santé au centre des priorités nationales. Cela passe par une amélioration des infrastructures, un financement adéquat du secteur, une valorisation du personnel médical, un approvisionnement régulier en intrants et une application effective des politiques publiques annoncées. La santé ne peut continuer à être traitée comme un privilège réservé à une minorité, alors même que les normes juridiques nationales et internationales en font un droit fondamental, universel et opposable.
En définitive, le droit à la santé ne doit pas rester une simple proclamation. Il doit se traduire en actes concrets, visibles et mesurables dans la vie quotidienne des citoyens. Tant que les décideurs n’assumeront pas pleinement leurs responsabilités, le système de santé continuera de s’éroder, au détriment des populations qui, elles, ne demandent qu’une chose : pouvoir se soigner dignement, conformément aux exigences du droit et aux principes universellement reconnus en matière de santé publique.
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