
À Bukavu, l’accès au numérique reste un privilège que toutes les jeunes filles et femmes ne peuvent pas s’offrir. Derrière l’essor des technologies se cache une réalité plus dure : les contraintes financières qui freinent l’inclusion digitale. Entre le prix élevé des smartphones, les abonnements internet onéreux et l’électricité instable, beaucoup se retrouvent exclues d’un univers pourtant devenu essentiel.
Le contexte économique actuel aggrave cette situation. Les difficultés d’approvisionnement liées à l’état des routes et aux échanges compliqués avec les pays voisins entraînent une hausse des prix des téléphones. Parallèlement, la connexion internet demeure peu fiable, en raison d’un nombre insuffisant d’antennes et d’une qualité de réseau souvent médiocre. À cela s’ajoute l’irrégularité de l’électricité, qui décourage même celles qui parviennent à se connecter. Trouver de quoi payer la recharge énergétique devient en soi un défi supplémentaire pour de nombreux ménages.
« J’avais économisé pendant plusieurs mois pour acheter un smartphone, mais aujourd’hui les prix ont presque doublé. Je n’arrive plus à suivre », confie Aline, une étudiante de 22 ans. Comme elle, nombreuses sont celles qui voient leurs projets freinés. « Même quand j’ai un téléphone, acheter des forfaits internet chaque semaine est trop cher pour moi », explique Grâce, vendeuse dans un marché local.
Pourtant, le numérique s’est imposé comme un outil incontournable dans le monde moderne. Il facilite la communication, l’accès à l’information et les opportunités économiques à l’échelle globale. Mais à Bukavu, cette révolution technologique reste inégalement partagée. Alors que certains continuent à en bénéficier, une grande partie de la population, notamment féminine, est contrainte de rester en marge, faute de moyens suffisants.
Les coupures d’électricité compliquent davantage la situation. « Parfois, mon téléphone reste déchargé pendant deux jours parce qu’il n’y a pas de courant. Même recharger devient un problème », témoigne Chantal, mère de famille. À cela s’ajoute le coût de l’énergie : « On doit choisir entre acheter de la nourriture ou payer l’électricité », regrette-t-elle.
Face à cette réalité, plusieurs jeunes filles et femmes développent des stratégies de survie : emprunter un téléphone, partager un accès internet ou revenir à des moyens de communication plus traditionnels. « Quand j’ai besoin de contacter ma famille, je demande à une amie de me prêter son téléphone », raconte Espérance, élève du secondaire. Ce recul n’est pas un choix, mais une conséquence directe des contraintes économiques.
Ainsi, la fracture numérique se creuse davantage à Bukavu, révélant une inégalité persistante qui limite la participation des jeunes filles et des femmes à la société connectée.
Lutala Matandiko Grâce
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