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Il est 6 heures du matin à Bukavu. Dans certains quartiers, le bruit des moteurs et des activités matinales domine déjà l’atmosphère. Pour plusieurs habitants, ce paysage sonore contraste avec leurs souvenirs d’un passé où les chants d’oiseaux étaient plus présents.

Assis devant sa parcelle à Ibanda, Jean-Pierre, la cinquantaine, observe le ciel d’un air pensif.

« Avant, on n’avait même pas besoin de réveil. Les oiseaux chantaient très tôt. Aujourd’hui… c’est surtout le bruit des motos qui nous réveille », lâche-t-il, en haussant légèrement les épaules.

À Kadutu, l’ambiance est tout aussi animée. Entre les cris des vendeurs et le passage incessant des passants, Marie tente de se remémorer une autre époque.

« Quand j’étais plus jeune, il y avait des oiseaux partout ici. Même dans les arbres autour des maisons. Maintenant, c’est devenu rare. Parfois, j’ai l’impression qu’ils ont disparu », dit-elle.

Plus au nord, à Bagira, Pascal pointe du doigt les constructions qui se multiplient dans son quartier.

« Regardez autour… il y avait plus d’arbres avant. Aujourd’hui, tout est construit. Avec le bruit et le manque d’arbres, je pense que les oiseaux ne trouvent plus leur place », avance-t-il, sans pouvoir en apporter la preuve.

Dans le quartier Nyawera, Chantal insiste sur le changement du rythme de vie.

« Le matin était calme avant. Aujourd’hui, même à l’aube, il y a du bruit. Les églises, les véhicules, la musique… tout ça joue peut-être un rôle », estime-t-elle.

Non loin de là, à Panzi, Aimé apporte une nuance.

« On voit encore des oiseaux, mais moins qu’avant. Ce n’est pas qu’ils ont totalement disparu. Mais ce n’est plus comme avant », explique-t-il.

Ces récits, recueillis dans différents quartiers de Bukavu, traduisent une perception largement partagée : celle d’un environnement sonore transformé, où la place des oiseaux semble s’être réduite. Toutefois, ces témoignages reposent sur des souvenirs et des ressentis individuels.

Dans le champ de l’Écologie urbaine, plusieurs études indiquent que les oiseaux peuvent être sensibles aux perturbations liées aux activités humaines, notamment le bruit ou la modification de leur habitat. Certaines espèces s’adaptent, d’autres migrent vers des zones plus calmes. Mais ces conclusions générales ne permettent pas de décrire avec précision la situation de Bukavu.

Les spécialistes invitent ainsi à la prudence. La mémoire collective peut être influencée par la nostalgie ou les transformations visibles de l’environnement, sans refléter nécessairement une évolution mesurée de la biodiversité.

D’autres facteurs, comme l’urbanisation, la réduction des espaces verts ou encore certaines pratiques humaines, pourraient également expliquer une éventuelle raréfaction des oiseaux.

En l’absence de données scientifiques locales, difficile donc de trancher. Entre souvenirs d’un passé plus calme et réalité d’une ville en mutation, la question reste ouverte : les oiseaux ont-ils réellement diminué à Bukavu, ou est-ce notre manière de les percevoir qui a changé ?

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