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Réunies pendant trois jours, des organisations féminines du Nord et du Sud-Kivu ont dressé un constat sans concession sur les processus de paix en cours dans l’Est de la RDC. Selon elles, les récents accords — de Doha à Washington — sont négociés sans la participation des femmes, alors même qu’elles figurent parmi les premières victimes des conflits et qu’elles assurent, au quotidien, la survie des communautés.

Le mercredi 18 mars, la salle Elizabeth a servi de cadre à l’atelier de lancement d’un projet de vulgarisation des accords et mécanismes de paix. Cette initiative est portée par l’Association des femmes des médias (AFEM), avec l’appui de Kvinna till Kvinna et de la coopération suédoise. Le thème central, axé sur l’inclusion et l’autonomisation des femmes et des jeunes filles, a guidé des échanges riches et des témoignages convergents.

À l’ouverture des travaux, Julienne Baseke (AFEM) a souligné que, malgré la multiplication des accords de paix, les femmes restent largement exclues des sphères décisionnelles, ce qui fragilise l’efficacité des initiatives engagées. Elle a rappelé la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, insistant sur la nécessité de passer des engagements théoriques à des actions concrètes.

Dans la même dynamique, Kavira Yeye (PAPH Goma) a plaidé pour une intégration effective des femmes dans les instances de prise de décision. De son côté, Mululu Rachel (FUDEI/SFPS) a mis en avant l’expertise des femmes, fondée sur leur connaissance approfondie des causes locales des conflits et de leurs impacts sur les communautés, une compétence essentielle pour orienter des stratégies de paix adaptées.

Sifa Modestine Ocha (Ujamaa) a défendu le rôle central des femmes dans la prise de décision, tandis que Solange Lwashiga (Caucus des femmes pour la paix) a rappelé que « éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ». Elle a illustré ses propos par la réalité des camps de déplacés, où les mères font face à la précarité en trouvant des moyens de subsistance pour leurs enfants, tout en jouant un rôle de médiatrices au sein des communautés.

Pour sa part, Jolly Kamuntu (Karibu Jeunesse Nouvelle) a établi un lien direct entre la participation des femmes aux processus de paix et la lutte contre les violences basées sur le genre. Adoptant un ton critique, Caddy Adzuba (FPM) a estimé que l’échec de nombreux accords de paix s’explique notamment par l’exclusion des femmes. Elle a évoqué une étude des Nations unies indiquant que la présence féminine dans les processus de paix augmente de 35 % les chances de durabilité des accords.

Face à la presse, les participantes ont posé une question centrale : « Comment construire la paix en l’absence des femmes et des jeunes filles ? » Elles dénoncent leur exclusion systématique, la faible application de la Résolution 1325, ainsi que la mise à l’écart des conventions internationales et des lois nationales censées garantir leurs droits.

En conclusion, les participantes ont réaffirmé leur engagement : la participation des femmes aux processus de paix ne relève ni d’un privilège ni d’une faveur, mais constitue un droit fondamental, une exigence démocratique et une condition indispensable à l’instauration d’une paix inclusive, durable et enracinée dans les réalités des communautés congolaises.

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