

La justice belge a pris une décision historique le mardi 17 mars 2026. La chambre du conseil de Bruxelles a ordonné le renvoi devant le tribunal correctionnel d’Étienne Davignon, ancien diplomate et ex-commissaire européen, soupçonné d’avoir participé à des décisions ayant conduit à l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba, le 17 janvier 1961. Cette décision reste susceptible d’appel.
À 93 ans, Étienne Davignon est le dernier responsable belge vivant visé par la plainte déposée en 2011 par les enfants de Lumumba, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’assassinat. Les avocats de la famille considèrent que les actes qui lui sont reprochés constituent un crime de guerre imprescriptible, soulignant sa participation à « une entreprise criminelle commune », documentée par des télex diplomatiques et autres preuves écrites.
Le procureur avait précédemment requis un procès pour « tortures, traitements inhumains et participation à un crime de guerre ». En 1961, Davignon était attaché au ministère des Affaires étrangères, à l’époque en qualité de diplomate débutant.
Cette décision judiciaire intervient après de longues années d’instruction marquées par plusieurs rebondissements spectaculaires, notamment la perquisition du Parlement belge et l’intégration au dossier de centaines de documents issus des auditions anonymes devant la commission parlementaire de 2001, qui avait reconnu la responsabilité morale de la Belgique dans l’affaire.
Au moment du dépôt de la plainte, neuf autres Belges étaient également visés. Tous sont désormais décédés, laissant Étienne Davignon seul face à la justice. Diplomates, militaires et policiers étaient liés à la politique belge de soutien à la sécession du Katanga, province où Lumumba a été assassiné.
La famille de l’ancien Premier ministre accueille cette décision avec un sentiment de soulagement. Juliana Lumumba déclare : « Ce que nous recherchons n’est pas la vengeance – rien ne ramènera notre père –, mais la vérité, en tant que famille et citoyens congolais. Voir que la Belgique reconnaisse des responsabilités et permette que justice soit rendue est un message important. »
Si aucun appel ne retarde la procédure, les audiences pourraient débuter dès janvier prochain. Ce procès constituerait une première : la justice pénale belge examinerait enfin la responsabilité alléguée de représentants de l’ancienne puissance coloniale dans l’assassinat de Patrice Lumumba.
About The Author
En savoir plus sur L'ESSENTIEL RDC
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
