
À Bukavu, l’atelier participatif de co-création de la campagne PAPE (Plaidoyer, Animation, Participation, Engagement), tenu du 24 au 25 mars 2026, a servi de cadre d’échanges entre experts, organisations de la société civile et acteurs engagés dans la lutte contre la pollution du lac Kivu. Parmi les intervenants, le professeur Arthur Bisimwa Mubwebwe, chef du projet « Économie circulaire – bassin du lac Kivu », a apporté une lecture pragmatique des défis et des opportunités liés à la gestion durable des déchets dans la région.
Interrogé sur le caractère souvent jugé théorique de l’économie circulaire, il insiste sur la nécessité de passer immédiatement à des actions concrètes et adaptées au contexte local. Il propose notamment la mise en place de systèmes de tri à la source dans les ménages, le développement de micro-unités de recyclage communautaires et l’encouragement d’initiatives locales de valorisation des déchets, comme la transformation des plastiques. « L’économie circulaire doit être visible dans les quartiers, pas seulement dans les documents », affirme-t-il, plaidant pour une approche progressive mais opérationnelle.
Concernant les données KAP révélant une faible connaissance du recyclage (40 %), le professeur Bisimwa estime qu’il ne faut pas opposer sensibilisation et infrastructures. Selon lui, les deux dimensions doivent évoluer simultanément. « Sensibiliser sans offrir de solutions concrètes crée de la frustration, tandis que construire des infrastructures sans éducation limite leur utilisation », explique-t-il. Il préconise ainsi une stratégie intégrée combinant campagnes d’information, formation des communautés et investissements dans des dispositifs accessibles de gestion des déchets.
Abordant les freins culturels et sociaux à la mise en œuvre de la campagne PAPE, il évoque des habitudes profondément ancrées, notamment le rejet non contrôlé des déchets et la perception selon laquelle la gestion des ordures relève uniquement des autorités publiques. À cela s’ajoutent, selon lui, des résistances au changement et un manque de confiance dans les initiatives collectives. Pour y faire face, il recommande d’impliquer davantage les leaders communautaires et de valoriser les bonnes pratiques locales afin de susciter une adhésion progressive.
Enfin, sur la question de l’évaluation de l’impact du projet à moyen terme, le professeur Arthur Bisimwa Mubwebwe propose des indicateurs concrets et mesurables. Il cite notamment la réduction visible des déchets dans les zones critiques, l’augmentation du volume de déchets recyclés, le nombre de ménages pratiquant le tri et le niveau d’engagement communautaire dans les activités environnementales. « Dans un an, nous devons pouvoir observer des changements tangibles sur le terrain, et pas seulement dans les rapports », conclut-il, réaffirmant l’importance d’un suivi rigoureux pour garantir des résultats durables dans la lutte contre la pollution du lac Kivu.
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