
Longtemps considérées comme des terres inutiles ou des réserves foncières à conquérir, les zones humides du Sud-Kivu disparaissent progressivement sous la pression humaine. Marais asséchés pour l’agriculture, remblais pour l’urbanisation, pollution domestique et industrielle : ces écosystèmes vitaux sont aujourd’hui gravement menacés. Pourtant, leur destruction entraîne des conséquences profondes sur la biodiversité, les équilibres naturels et la vie des communautés locales.
Véritables poumons écologiques, les marais jouent un rôle essentiel dans la régulation de l’eau, la prévention des inondations et la filtration naturelle des polluants. Ils abritent une faune et une flore spécifiques oiseaux migrateurs, poissons, amphibiens et plantes endémiques qui dépendent de ces milieux pour survivre.
« Quand un marais disparaît, ce n’est pas seulement de l’eau qui s’en va, c’est toute une chaîne de vie qui s’effondre », alerte un environnementaliste local basé à Bukavu.
Sur le terrain, les signes de cette dégradation sont visibles. Autour de la ville de Bukavu et dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, des zones autrefois marécageuses ont été transformées en champs, en quartiers d’habitation ou en dépotoirs. Résultat : la biodiversité recule, certaines espèces se raréfient, d’autres disparaissent.
« Avant, on voyait beaucoup d’oiseaux et de poissons dans ces marais. Aujourd’hui, tout a changé, même l’eau n’est plus propre », témoigne un habitant riverain d’une zone humide en voie d’assèchement.
Les conséquences ne sont pas uniquement écologiques. La destruction des marais accentue aussi les risques d’inondations et d’érosion, surtout en période de pluies intenses. Des agriculteurs reconnaissent déjà l’impact de cette perte.
« Les marais retenaient l’eau. Maintenant, dès qu’il pleut fort, nos champs sont emportés », explique un cultivateur des environs de Kabare. Cette fragilisation de l’environnement affecte directement les moyens de subsistance des populations et renforce leur vulnérabilité.
Du côté des défenseurs de l’environnement, l’inquiétude est grande. « Nous détruisons des écosystèmes qui nous protègent naturellement. Les zones humides sont une assurance écologique contre les catastrophes climatiques », déplore une militante écologiste, appelant à une prise de conscience collective. Elle insiste sur l’urgence d’intégrer la protection des marais dans les politiques locales d’aménagement du territoire.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer une gestion durable et responsable de ces écosystèmes. Chefs communautaires, experts et organisations de la société civile appellent à la restauration des zones humides dégradées et à l’éducation environnementale des populations. « Protéger les marais, c’est protéger la vie, aujourd’hui et demain », résume un notable local.
Au Sud-Kivu, la disparition des zones humides n’est donc pas un simple problème environnemental. Elle est le symbole d’un déséquilibre croissant entre l’homme et la nature, dont les effets menacent la biodiversité, la sécurité écologique et le bien-être des générations futures. Préserver ces écosystèmes, c’est faire le choix d’un avenir plus résilient et plus harmonieux.
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