

Derrière les publications romantiques et les annonces de mariage qui envahissent les plateformes numériques, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur. Le « save the date », autrefois symbole d’engagement et de célébration, devient pour certaines jeunes filles un piège émotionnel et social, suscitant l’alarme des parents, éducateurs et acteurs communautaires.
Sur Facebook, WhatsApp, Instagram ou TikTok, les images de couples souriants accompagnées de la mention « save the date » se multiplient. Mais derrière cette tendance en apparence festive, des histoires douloureuses émergent. Certaines jeunes filles se retrouvent publiquement associées à des projets de mariage ou à des relations sentimentales sans cadre réel, parfois même sans l’accord de leur famille. « J’ai découvert la photo de ma fille avec un homme que je ne connaissais pas, annonçant leur mariage. J’ai cru rêver », confie un père encore sous le choc.
Le phénomène repose souvent sur des relations virtuelles ou récentes, où la confiance s’installe rapidement. Une fois la publication faite, la pression sociale s’intensifie et rend toute remise en question difficile. « Il m’avait promis de venir voir mes parents, puis il a disparu après la publication », raconte une jeune victime. Pour beaucoup, l’exposition publique devient une source de honte, de stress et parfois de harcèlement en ligne.
Dans plusieurs familles, la découverte de ces annonces crée des tensions profondes. Les parents se sentent dépassés par la rapidité avec laquelle leurs enfants s’exposent sur internet. « Nous n’avons jamais été consultés, pourtant il s’agissait d’un engagement censé concerner toute la famille », déplore une mère. Ce décalage générationnel révèle aussi une fracture dans la perception des relations, entre culture numérique et valeurs familiales.
Les éducateurs et psychologues observent une difficulté croissante chez les jeunes à distinguer engagement réel et mise en scène sociale. La quête de visibilité et de validation en ligne pousse certains à précipiter des annonces symboliques sans mesurer leurs conséquences. « Les réseaux sociaux transforment parfois l’amour en spectacle, et les émotions en contenu », analyse un conseiller scolaire, inquiet de l’impact psychologique sur les adolescentes.
Au-delà des drames individuels, des acteurs socio-culturels dénoncent une imitation irréfléchie de pratiques extérieures, mal adaptées aux réalités locales. « Nous assistons à une acculturation numérique qui fragilise les repères traditionnels », avertit un responsable communautaire. Pour lui, l’éducation aux médias et à la vie affective devient urgente afin de prévenir les manipulations et les désillusions.
Face à la montée du phénomène « save the date », parents, enseignants et leaders communautaires appellent à une vigilance collective. Sensibilisation, dialogue familial et accompagnement des jeunes sont désormais perçus comme des priorités. « Avant de publier sa vie, il faut d’abord la construire », résume un éducateur. Car derrière chaque annonce virtuelle peut se cacher une réalité bien plus fragile que l’image affichée.
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