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Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine s’est achevé à Addis-Abeba dans un climat qui laisse un goût d’inachevé. Pendant deux jours, chefs d’État et de gouvernement ont échangé sur les crises majeures qui secouent le continent. Mais l’absence d’un communiqué final et la présentation de conclusions générales lors d’une simple conférence de presse interrogent sur la portée réelle de ces travaux. À défaut de décisions marquantes, l’exercice a surtout donné l’impression d’une diplomatie prudente, soucieuse d’équilibres politiques plus que d’orientations fortes.

La fermeté affichée contre les changements anticonstitutionnels illustre ce décalage. « Aucune tolérance » pour les putschs, a déclaré le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf. Pourtant, la participation à ce sommet de dirigeants issus de transitions militaires, notamment en Guinée et au Gabon, révèle une posture plus accommodante que le discours ne le laisse entendre. Entre condamnation de principe et gestion pragmatique des réalités politiques, l’Union africaine semble naviguer dans une ambiguïté qui affaiblit la lisibilité de sa ligne.

Sur le dossier sensible du Sahel, l’organisation privilégie également la continuité du dialogue avec les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, tout en évitant leur réintégration formelle. La lutte contre le terrorisme est présentée comme la priorité absolue, et l’idée d’une future plateforme sécuritaire regroupant dix-huit pays a été évoquée. Mais, faute de calendrier précis ou de mécanismes opérationnels clairement définis, ces annonces ressemblent davantage à des intentions qu’à une réponse structurée à l’ampleur de la menace.

L’ambition répétée de « faire taire les armes » contraste, elle aussi, avec certaines absences remarquées. Des conflits majeurs, comme la guerre au Soudan, n’ont pas occupé la place centrale que leur gravité impose dans les communications politiques du sommet. Sur la crise dans l’est de la RDC, les responsables de l’UA ont évoqué des accords en cours et une volonté de piloter la médiation, sans pour autant détailler les leviers concrets permettant d’infléchir la dynamique du conflit. Là encore, la volonté affichée peine à se traduire en leadership visible.

Au-delà des questions sécuritaires, les dirigeants ont adopté des positions symboliques fortes, notamment en reconnaissant la colonisation comme crime contre l’humanité et en réaffirmant leur solidarité avec la Palestine. L’initiative annoncée par le Ghana pour faire reconnaître la traite des esclaves africains comme le plus grave crime contre l’humanité s’inscrit dans cette logique mémorielle. Mais ces prises de position, aussi importantes soient-elles sur le plan historique et politique, peinent à compenser le sentiment dominant laissé par ce sommet : celui d’une organisation plus à l’aise dans les déclarations que dans l’affirmation d’une action décisive face aux crises immédiates du continent.

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