

Depuis plusieurs semaines, des pluies intenses s’abattent sur le Sud-Kivu, provoquant des inondations qui perturbent la vie quotidienne des habitants et détruisent cultures, habitations et infrastructures. Dans les territoires comme Kalehe, Kabare, Walungu, Fizi et dans la ville de Bukavu, les bilans sont alarmants : routes emportées, maisons submergées, écoles fermées et risques sanitaires accrus. Chaque épisode pluvieux laisse derrière lui un sentiment de vulnérabilité et une question récurrente : pourquoi les inondations continuent-elles à causer autant de dégâts ?
Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’un phénomène naturel, mais d’une série de manquements dans la prévention et la préparation. La population, les autorités locales et les experts en environnement s’accordent à dire que la situation peut s’améliorer si des mesures adaptées et concertées sont mises en place.
Des populations impuissantes face aux eaux
Dans les quartiers de Bukavu, les habitants témoignent des dégâts répétés et de la fatigue face à ces catastrophes. Mme Rosalie, habitante de Kadutu, raconte :
« Chaque fois qu’il pleut fortement, notre quartier se transforme en rivière. Nous perdons nos effets, nos vivres et parfois nos récoltes. Il n’y a aucun canal ou drainage efficace pour évacuer l’eau. »
À Kalehe, M. Jean-Pierre, cultivateur, évoque les pertes agricoles :
« Les inondations emportent les plantations de maïs et de haricot. Nous semons et replanteons, mais les pluies détruisent tout. Il faudrait des digues ou des canaux pour protéger nos champs. »
Ces témoignages montrent que les habitants sont conscients du problème et cherchent des solutions, mais que l’absence de structures de prévention efficaces limite fortement leur capacité à se protéger.
Les manquements pointés par les experts
Pour les spécialistes en gestion des catastrophes naturelles, le Sud-Kivu souffre d’un déficit en infrastructures de prévention et d’un manque de planification territoriale. M. Augustin Kambale, ingénieur en environnement, explique :
« Dans de nombreuses villes et villages, il n’existe ni canaux de drainage fonctionnels, ni système d’alerte rapide. Les constructions anarchiques le long des cours d’eau aggravent les inondations. Il faudrait un plan global de prévention intégrant l’urbanisme, la reforestation et la gestion des eaux pluviales. »
Mme Claire Muke, experte en développement local, ajoute :
« Les solutions existent localement : creuser des canaux, planter des arbres pour limiter le ruissellement, sensibiliser les populations sur l’entretien des rivières et la gestion des déchets qui bouchent les drains. Ce sont des mesures simples mais efficaces si elles sont bien coordonnées. »
Vers des solutions locales concrètes
Face à ces défis, certaines communautés ont commencé à agir à leur niveau. À Walungu, des comités locaux d’habitants se sont organisés pour nettoyer les canaux et évacuer les déchets qui obstruent les rivières. Dans les quartiers de Bukavu, des initiatives de reforestation sur les pentes ont été lancées par des jeunes pour limiter l’érosion et le ruissellement.
M. Didier, membre d’une association de jeunes de Kadutu, témoigne :
« Nous avons commencé à planter des arbres et à dégager les petits canaux. Ce n’est pas suffisant, mais chaque geste compte. Si les autorités s’associent à ces initiatives, nous pourrions réduire les dégâts lors des prochaines pluies. »
Les experts insistent également sur la nécessité d’informer la population et de créer un système d’alerte précoce, permettant aux habitants de se préparer avant chaque épisode pluvieux. Le renforcement des infrastructures publiques, l’entretien régulier des canaux et la planification urbaine sont des mesures qui peuvent transformer durablement la prévention des inondations.
Une responsabilité partagée
La prévention des inondations au Sud-Kivu ne repose pas uniquement sur les autorités. Elle implique une co-responsabilité entre l’État, les collectivités locales, les associations et les citoyens. Les expériences locales montrent que des actions simples, coordonnées et régulières peuvent réduire considérablement les impacts des pluies intenses.
Comme le résume M. Kambale : « La pluie ne peut pas être arrêtée, mais ses effets destructeurs peuvent être limités si nous planifions et agissons de manière concertée. La prévention commence par la conscience collective et la solidarité locale. »
Face aux inondations à répétition, le Sud-Kivu a donc des solutions à portée de main : une combinaison de mesures locales, de sensibilisation et d’infrastructures adaptées pourrait permettre aux habitants de mieux se protéger et de retrouver la sérénité même lors des pluies les plus abondantes.
Luntala Matandiko Grâce
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