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Dans de nombreuses communautés, la justice populaire s’impose parfois comme une réponse immédiate face à l’insécurité ou aux actes criminels. Excédées par la lenteur ou l’inefficacité des institutions, certaines populations prennent la loi entre leurs mains. Ce réflexe, bien qu’il puisse sembler justifié à court terme, est en réalité un poison lent pour la cohésion sociale.

La justice populaire repose sur l’émotion, la colère et la peur, plutôt que sur le droit et la preuve. Elle fragmente la société, en dressant les individus et les communautés les uns contre les autres, et installe un climat de méfiance et de violence permanente. Chaque lynchage ou acte collectif de vengeance devient un signal dangereux : la loi n’est plus garante de protection, et la violence devient un mode d’expression légitime.

Il faut rappeler que la justice populaire est strictement interdite et condamnée par la loi. Selon le Code pénal de la République démocratique du Congo, les articles suivants s’appliquent :

  • Article 78 : « Quiconque commet un homicide volontaire ou une atteinte volontaire à l’intégrité physique d’autrui est puni d’une peine de réclusion allant de cinq à vingt ans selon la gravité des faits. »
  • Article 79 : « Les actes de violence collective, y compris le lynchage, constituent un crime et sont punis de réclusion criminelle, indépendamment de la motivation populaire ou du contexte social. »
  • Article 18 de la Constitution : « Toute personne a droit à la protection de sa vie, de son intégrité physique et de sa dignité. Aucun citoyen ne peut être privé de ces droits sans le respect de la procédure légale. »

Ces textes rappellent clairement que la loi seule est garante de justice et que personne ne peut se substituer aux institutions judiciaires. Les actes de justice populaire sont donc non seulement dangereux pour la société, mais également illégaux et punissables.

Les cas récents le montrent : des personnes accusées de vol ou d’agression peuvent être victimes de lynchages avant même qu’une enquête judiciaire ne soit menée. Ces actes ne font pas seulement souffrir les individus ciblés ; ils brisent le tissu social, créent la peur et normalisent la violence collective.

La solution ne réside pas dans la répression seule, mais dans la construction d’institutions crédibles, accessibles et transparentes. La population doit retrouver confiance en la justice et en la police, et comprendre que l’ordre et la sécurité se construisent par le droit, non par la vengeance. L’éducation civique et la sensibilisation aux risques de la justice populaire sont essentielles : elles permettent aux communautés de comprendre que chaque acte de violence collective affaiblit leur propre sécurité et leur cohésion.

Enfin, la responsabilité est collective. Chaque citoyen, chaque acteur de la société civile et chaque institution doit contribuer à faire de la justice un outil de paix plutôt qu’un prétexte à la violence. La justice populaire peut sembler rapide, mais elle empoisonne lentement le lien social, et c’est ce lien qui garantit la sécurité, la confiance et la stabilité.

Les sociétés ont le choix : céder à la colère ou investir dans une justice qui protège et unit. Le choix de la raison est patient et exigeant, mais il est le seul capable de préserver la cohésion sociale face à ce poison lent qu’est la justice populaire.

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