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Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine s’est achevé sur des déclarations solennelles, des conférences de presse bien calibrées et une fois de plus, une rhétorique devenue familière : « faire taire les armes ». Pendant deux jours, les chefs d’État et de gouvernement ont échangé sur les crises qui secouent le continent. Pourtant, derrière les mots soigneusement choisis et les engagements répétés, un malaise persiste : celui d’une institution qui parle beaucoup, mais agit peu, et qui semble de plus en plus déconnectée de l’ampleur des tragédies africaines.

Comment comprendre, en effet, qu’un sommet censé traiter des principales crises du continent puisse passer presque sous silence l’une des guerres les plus meurtrières du moment, celle qui ravage le Soudan ? Alors que des millions de civils sont déplacés, que l’accès humanitaire reste limité et que la région entière est fragilisée, le silence de la présidence tournante et celui du président de la Commission sonnent comme une absence lourde de sens. Ce mutisme institutionnel contraste douloureusement avec l’urgence humanitaire et sécuritaire sur le terrain.

Certes, quelques responsables techniques ont évoqué la nécessité de coordination internationale et d’accès humanitaire. Mais ces appels, répétés depuis des mois, donnent l’impression d’une diplomatie en boucle, sans véritable capacité d’influence ni mécanisme contraignant. L’Union africaine semble prisonnière d’un langage diplomatique prudent, parfois timoré, qui évite de nommer clairement les responsabilités ou de prendre des positions fortes. À force de vouloir ménager tous les États, l’institution finit par donner l’image d’une organisation paralysée par ses propres équilibres politiques.

Ce sommet illustre une question de fond : l’Union africaine peut-elle encore prétendre incarner une autorité morale et politique sur les conflits du continent si elle reste silencieuse face à certaines crises majeures ? Les populations africaines, elles, n’attendent pas des slogans ni des communiqués, mais des actions, des médiations efficaces et une parole courageuse. Car à mesure que les armes continuent de parler sur le terrain, le décalage entre les sommets diplomatiques et la réalité des souffrances africaines devient, lui aussi, de plus en plus assourdissant.

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