
À Kinshasa, le mot dialogue revient comme un refrain familier, brandi à chaque crise majeure comme une promesse de sortie d’impasse. Mais à force d’être convoqué sans résultats tangibles, il finit par perdre son sens, voire par produire l’effet inverse de celui recherché : diviser davantage au lieu de rassembler. Le dialogue, censé être un outil de cohésion nationale, devient alors un symbole de méfiance, surtout lorsqu’il semble plus servir le calendrier politique que l’intérêt général.
Le malaise vient d’abord de la méthode. Les dialogues initiés depuis la capitale donnent souvent l’impression d’être conçus en cercle fermé, avec des invitations sélectives, des agendas flous et des conclusions écrites d’avance. Une partie de la classe politique y voit une manœuvre dilatoire, tandis qu’une large frange de la population se sent exclue d’un processus censé décider de son avenir. Comment parler d’un dialogue national quand les provinces, les jeunes, les femmes et la société civile n’y reconnaissent pas leur voix ?
À Kinshasa, on semble parfois oublier que le dialogue n’est pas une mise en scène, mais un exercice exigeant de vérité. Dialoguer ne consiste pas à aligner des discours consensuels devant les caméras, ni à rechercher des compromis de façade pour sauver des équilibres fragiles. Le vrai dialogue suppose l’écoute, la reconnaissance des torts, et surtout la volonté réelle de changer. Or, lorsque les conclusions des assises se répètent sans jamais transformer la gouvernance, la lassitude s’installe et la confiance s’érode.
Cette fracture est encore plus visible depuis les provinces. Vu de Bukavu, de Goma, de Kananga ou de Mbandaka, le dialogue de Kinshasa ressemble souvent à une conversation lointaine, déconnectée des urgences quotidiennes : insécurité persistante, pauvreté, accès aux services de base, crise de confiance entre l’État et les citoyens. Quand les résultats ne suivent pas, le dialogue apparaît non plus comme une solution, mais comme une distraction institutionnelle.
Pourtant, le pays a besoin de se parler. Mais pas de cette manière. La RDC n’a pas besoin d’un dialogue de plus, elle a besoin d’un dialogue utile : inclusif, sincère, enraciné dans les réalités locales et suivi d’actes concrets. Un dialogue qui ne se limite pas aux élites politiques, mais qui intègre les voix souvent marginalisées. Un dialogue qui débouche sur des réformes mesurables, et non sur de simples déclarations d’intention.
À force de transformer le dialogue en rituel politique, Kinshasa risque de vider un outil noble de toute sa substance. Et un dialogue qui divise est plus dangereux que le silence, car il nourrit la frustration et alimente la défiance. L’heure n’est plus aux grands messes politiques, mais à une parole responsable, suivie d’actions claires. Car un pays ne se réconcilie pas avec des mots répétés, mais avec des engagements tenus.
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