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À première vue, la réunion de Luanda entre les présidents João Lourenço, Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé et les facilitateurs de l’Union africaine semblait marquer une nouvelle volonté de relancer la paix en République démocratique du Congo. En confiant à l’Angola la mission d’engager des consultations en vue d’un dialogue intercongolais, les dirigeants africains ont voulu afficher un engagement régional fort. Mais derrière cette mise en scène diplomatique se cache une réalité bien plus préoccupante : un processus fragilisé dès son lancement par son caractère sélectif et par l’exclusion de plusieurs acteurs majeurs de la crise.

Car comment parler de dialogue « inclusif » lorsque des figures importantes de l’opposition politique vivent en exil forcé, en Europe ou en Afrique, loin du théâtre politique national ? Plusieurs d’entre elles, toutes tendances confondues, ont déjà rejeté un format qu’elles jugent verrouillé et orienté par Kinshasa. À l’exception de l’opposition tolérée ou domestiquée, le reste du spectre politique se voit de facto écarté. Dans ces conditions, la mission confiée à João Lourenço ressemble moins à une médiation qu’à une équation impossible : bâtir un consensus national en l’absence de ceux qui contestent le pouvoir et dénoncent la gestion de la crise.

Le piège est d’autant plus évident que certains opposants en exil font l’objet de poursuites judiciaires ou de sanctions nationales, rendant leur participation incertaine, voire irréaliste. Le lieu et la date du dialogue restent inconnus, les garanties politiques inexistantes, et la confiance, déjà fragile, est pratiquement nulle. Par où commencer, en effet, lorsque les principaux concernés refusent la table avant même qu’elle ne soit dressée ? Sans mécanismes de sécurité politique, sans garanties de retour ou d’expression libre, l’initiative angolaise risque de se heurter à un mur de méfiance.

Au-delà des acteurs politiques, c’est aussi la question sécuritaire qui demeure éludée. Un dialogue intercongolais qui ne prend pas en compte l’ensemble des forces en présence politiques, sociales et, surtout, celles impliquées directement ou indirectement dans les dynamiques du conflit court le risque de n’être qu’un exercice de communication. L’histoire récente de la RDC est jalonnée de forums, consultations et accords restés sans effet, faute d’inclusivité réelle et d’engagement sincère des parties.

Sans être prophète de malheur, les signes avant-coureurs sont là : un processus contesté, une opposition fragmentée ou exclue, un calendrier flou et une architecture politique fragile. Le danger est grand que ce dialogue, présenté comme une solution, ne devienne qu’un épisode supplémentaire dans la longue série d’initiatives sans lendemain. Et pendant que les élites négocient entre elles ou sans leurs adversaires , la crise sécuritaire se poursuit, les populations déplacées s’accumulent et l’Est du pays continue de payer le prix du blocage politique.

La vérité est simple, mais dérangeante : il n’y aura pas de paix durable sans un dialogue réellement inclusif, ouvert à toutes les voix, y compris celles qui dérangent le pouvoir. En acceptant de piloter un processus dont les bases mêmes sont contestées, João Lourenço risque de voir son rôle de médiateur fragilisé avant même d’avoir produit le moindre résultat. Et une fois de plus, le peuple congolais pourrait attendre en vain les dividendes d’un dialogue annoncé, mais déjà compromis.

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