

À Bukavu, capitale provinciale du Sud-Kivu, l’air que l’on respire chaque jour semble devenir de plus en plus lourd, chargé de fumées noires et d’odeurs âcres. Pour les habitants, marcher dans les rues du centre-ville ou même rester à la maison est devenu un véritable défi pour la santé. Mais qui veille réellement sur cet air que nous partageons tous ?
Des nuages invisibles mais mortels
Chaque matin, le soleil peine à percer les volutes de fumée qui s’élèvent des foyers domestiques, des ateliers et des véhicules en circulation. Les habitants décrivent une atmosphère « épaisse », qui pique la gorge et fait pleurer les yeux. Mme Kiza, commerçante dans le marché de Kadutu, témoigne :
« Mes enfants toussent dès qu’ils sortent. On sent l’odeur des feux de bois partout. On a peur pour leur santé, mais on ne peut pas toujours éviter de respirer cet air. »
Selon le rapport de l’Observatoire pour l’Environnement et le Développement Durable (OEDD) du Sud-Kivu, les particules fines dans l’air de Bukavu dépassent souvent les limites recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces particules, invisibles à l’œil nu, pénètrent profondément dans les poumons et peuvent provoquer asthme, bronchites et maladies cardiovasculaires.
Le rôle des véhicules et industries
La circulation chaotique des véhicules, souvent en mauvais état, contribue largement à cette pollution. Le carburant de mauvaise qualité brûle mal et dégage des fumées toxiques. Jean-Paul Kalala, ingénieur en environnement et consultant à l’OEDD, explique :
« À Bukavu, plus de 70 % des véhicules n’ont pas de système de contrôle des émissions. À cela s’ajoutent les ateliers de soudure et les générateurs électriques non conformes, qui rejettent des gaz nocifs. Si rien n’est fait, la santé de la population est en danger. »
Même les industries locales, pourtant limitées en nombre, participent à cette contamination. Les entreprises de transformation du bois et certaines petites fonderies rejettent des particules fines et des fumées irritantes dans l’air ambiant, souvent sans aucune mesure de sécurité.
Les foyers domestiques : un autre foyer de pollution
À Bukavu, comme dans beaucoup de villes de la région, le charbon de bois et le bois de chauffage restent les sources principales pour cuisiner. Dans les maisons mal ventilées, la fumée s’accumule et transforme les logements en véritables pièges pour les poumons.
Mme Mila, mère de quatre enfants à Ibanda, raconte :
« Quand je cuisine, la fumée envahit la maison. Mes enfants toussent et je ne sais pas comment les protéger. On n’a pas les moyens de se payer du gaz. »
Les experts alertent sur le fait que cette pollution domestique est l’une des causes majeures de maladies respiratoires infantiles à Bukavu.
Des conséquences visibles et inquiétantes
Les habitants rapportent des symptômes inquiétants : toux chronique, irritations oculaires, maux de tête fréquents, et parfois des crises d’asthme soudaines. Le Dr Pascal N., pneumologue, confirme :
« Nous recevons chaque semaine des cas de bronchites et d’asthme chez des enfants et des adultes qui n’ont jamais été exposés à ces maladies auparavant. L’air de la ville est devenu un facteur de risque majeur pour la santé publique. »
Au-delà de la santé, la pollution affecte également la vie économique et sociale. Les activités extérieures, le sport et même la fréquentation des écoles sont perturbés lorsque la qualité de l’air se dégrade.
La population s’organise malgré tout
Face à ce fléau, certains habitants essaient de trouver des solutions locales. Des associations de quartier organisent des campagnes de sensibilisation sur la réduction des feux de bois et la nécessité de planter des arbres. Un collectif de jeunes, « Bukavu Respire », propose des alternatives comme les foyers améliorés à faible émission et encourage l’usage du vélo pour réduire les gaz d’échappement.
Jean Bosco, membre du collectif, explique :
« Nous ne pouvons pas attendre que l’État agisse seul. Chaque citoyen peut changer ses habitudes pour protéger l’air. Mais sans soutien gouvernemental et contrôle des industries et véhicules, nos efforts resteront limités. »
Le rôle des autorités : un vide inquiétant
La réglementation existe, mais sa mise en œuvre est faible. Les agents de l’environnement se plaignent du manque de moyens pour surveiller la qualité de l’air et contrôler les émissions des véhicules ou des industries. Le directeur provincial de l’environnement, sous couvert d’anonymat, admet :
« Nous savons que l’air est pollué, mais nous n’avons ni équipements suffisants ni personnel pour agir efficacement. La sensibilisation seule ne suffit pas. »
Un appel urgent à l’action
L’enquête montre une urgence claire : Bukavu doit agir pour protéger ses habitants. Experts et population s’accordent sur plusieurs mesures :
- Renforcer le contrôle des véhicules et de la qualité des carburants.
- Promouvoir des alternatives propres pour la cuisson domestique.
- Sensibiliser la population à la protection de l’air.
- Mettre en place des politiques publiques ambitieuses et des mesures concrètes pour réduire la pollution.
Bukavu se trouve à un carrefour critique. Chaque journée passée dans un air pollué est un risque pour la santé de milliers de personnes, surtout les enfants. Mais, comme le souligne Jean-Paul Kalala :
« Protéger l’air que nous respirons n’est pas une option, c’est une obligation pour assurer l’avenir de nos enfants. »
Grâce
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