dechets chantiers
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À Bukavu, la croissance urbaine s’accompagne d’un phénomène de plus en plus visible : des tas de briques brisées, de sable souillé, de clous rouillés et de gravats issus des chantiers de construction abandonnés le long des rues. Ces déchets, souvent déversés sans encadrement, semblent inoffensifs au premier regard. Pourtant, ils transforment profondément l’écosystème urbain et portent atteinte à la santé des sols, pilier silencieux de la vie en ville.

Des sols asphyxiés et une nature urbaine fragilisée

Les sols urbains jouent un rôle essentiel : ils absorbent l’eau de pluie, nourrissent la végétation, abritent une multitude d’organismes vivants et régulent le microclimat. Mais lorsqu’ils sont recouverts de gravats, ces fonctions vitales s’effondrent. La terre est compactée, l’infiltration de l’eau devient difficile et la vie biologique du sol est étouffée.

« Là où il y avait des herbes et même de petits arbres, aujourd’hui il n’y a plus que des pierres et de la poussière », témoigne un habitant du quartier Nguba. D’autres riverains parlent d’un sol devenu « dur comme du ciment », incapable de laisser pousser la moindre plante. Cette artificialisation progressive empêche la régénération naturelle et accélère la disparition des espaces verts urbains.

Pour les spécialistes de l’environnement, ces débris perturbent aussi les cycles naturels. Les micro-organismes, insectes et vers de terre, indispensables à la fertilité du sol, ne survivent pas sous les couches de briques et de béton. « Quand le sol meurt, c’est toute la chaîne écologique qui s’effondre », alerte un expert environnemental basé à Bukavu.

Un déséquilibre écologique aux conséquences durables

Au-delà des sols, les déchets de construction influencent l’ensemble de l’écosystème urbain. En période de pluie, les gravats sont entraînés par le ruissellement, bouchent les caniveaux et finissent souvent dans les rivières et le lac. Cette situation accentue l’érosion, dégrade la qualité de l’eau et menace les organismes aquatiques.

Les habitants expriment une inquiétude croissante. « Quand il pleut, l’eau n’entre plus dans le sol, elle coule partout et emporte la saleté », explique une résidente de Kadutu. D’autres redoutent l’avenir : « Si on continue comme ça, la ville deviendra un désert de pierres », confie un père de famille.

Les experts, eux, insistent sur le caractère silencieux mais durable de cette pollution. Contrairement aux déchets visibles et odorants, les gravats s’installent dans le temps, modifiant lentement mais profondément la structure des sols. Ils contribuent également à l’augmentation de la chaleur en ville, car les surfaces minérales retiennent davantage la chaleur que les sols naturels.

Face à ce constat, une prise de conscience collective s’impose. La gestion responsable des déchets de construction apparaît comme un enjeu majeur pour préserver l’équilibre écologique de Bukavu. Car bâtir la ville de demain ne devrait pas signifier étouffer la vie qui la soutient aujourd’hui.

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