

Le 16 février 1992, le peuple congolais descendait massivement dans les rues pour exiger la réouverture de la Conférence nationale souveraine un moment historique qui fut perçu comme une rupture avec des décennies de régime autoritaire. Ce mouvement populaire réclamait non seulement la fin de la dictature, mais aussi la construction d’un État de droit où les institutions seraient fortes, indépendantes et capables de garantir les droits de chaque citoyen.
Trente‑quatre ans plus tard, l’opposant Martin Fayulu a récemment rappelé cette date dans des termes forts : « Le combat demeure. » Ce constat interroge profondément l’évolution politique, institutionnelle et sociale de la République démocratique du Congo (RDC), et en particulier de sa capitale, Kinshasa.
Un État de droit encore fragile
L’expression « État de droit » implique des institutions indépendantes, un système judiciaire impartial, et des élections libres et transparentes. Dans les faits, de nombreux observateurs nationaux et internationaux estiment que ces normes restent largement inachevées en RDC.
La justice congolaise, par exemple, est souvent critiquée pour son manque d’indépendance réelle. Les décisions judiciaires peuvent paraître influencées par des intérêts politiques ou économiques puissants, ce qui affaiblit la confiance du public. Cette situation alimente un sentiment d’impunité pour certains et de frustration pour d’autres.
Depuis les années 1990, les scrutins présidentiels et législatifs en RDC ont souvent été contestés. Des accusations de fraude, des retards dans le calendrier électoral ou des difficultés d’accès au matériel électoral à travers le pays ont semé le doute chez une partie des citoyens.
Kinshasa, en tant que centre politique du pays, est souvent le théâtre de mobilisations, de manifestations et de débats autour de la légitimité des processus électoraux. Malgré des promesses répétées de transparence, de nombreux Congolais estiment que l’organisation des élections n’a pas pleinement répondu aux standards internationaux et aux attentes populaires.
La gouvernance au cœur de la critique
Martin Fayulu et d’autres voix de l’opposition dénoncent régulièrement ce qu’ils qualifient de gouvernance déficiente c’est‑à‑dire un État qui ne parvient pas à répondre efficacement aux besoins fondamentaux de sa population : sécurité, santé, éducation, lutte contre la corruption.
La corruption demeure un enjeu majeur en RDC. Des rapports d’organisations internationales soulignent que des ressources publiques importantes ne sont pas toujours employées de manière transparente, ce qui affecte les services publics et creuse les inégalités.
Kinshasa est la plus grande ville du pays et concentre une grande partie des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques. Mais ce rôle central peut aussi créer des déséquilibres. Les infrastructures, les services et les opportunités y sont souvent meilleurs que dans les provinces. Cela alimente des frustrations et une perception d’injustice parmi les populations rurales ou éloignées.
C’est dans ce contexte que des voix, comme celle de Fayulu, appellent à une décentralisation plus efficace : donner plus de pouvoir aux provinces, améliorer la transparence des administrations locales et garantir une répartition plus équitable des ressources.
Une grande partie de la population congolaise a moins de 30 ans. Cette jeunesse est souvent au centre des mouvements de contestation ou de revendication. Beaucoup demandent non seulement des réformes politiques, mais aussi des opportunités d’emploi, une meilleure éducation et l’accès à des services de base. Pour eux, changer les lois ne suffit pas : il faut transformer la réalité sociale du pays.
Les inquiétudes sécuritaires
La sécurité reste une préoccupation majeure, surtout dans l’est du pays, où des groupes armés continuent d’opérer. Ces zones d’instabilité affaiblissent l’autorité de l’État et compliquent l’accès aux droits fondamentaux pour des millions de citoyens.
Même à Kinshasa, les enjeux sécuritaires sont présents sous forme de tensions urbaines, de bandes criminelles ou de réponses parfois sévères des forces de l’ordre lors de manifestations politiques ou sociales.
Face à ces défis, la société civile congolaise associations, organisations de jeunes, leaders communautaires joue un rôle essentiel. Elle multiplie les appels à la transparence, au respect des droits et à l’amélioration des institutions. Ces acteurs contribuent à maintenir le débat public vivant, malgré les obstacles et les pressions.
La diaspora congolaise et le regard extérieur
La diaspora congolaise, dispersée à travers le monde, reste un acteur influent dans les discussions sur la gouvernance et les réformes. Par leurs analyses, leurs mobilisations et leurs contributions économiques, ces Congolais vivant à l’étranger entretiennent le lien avec les enjeux politiques et sociaux du pays. Ils représentent aussi un regard extérieur qui alimente le débat interne.
La phrase de Martin Fayulu « Le combat demeure » résonne comme un rappel que les aspirations à un État de droit, une gouvernance juste et des institutions fortes ne se réalisent pas du jour au lendemain. Trente‑quatre ans après les événements de 1992, ces objectifs restent au centre des préoccupations d’une grande partie de la population congolaise.
Ce combat n’est pas seulement politique : il est aussi social, économique et culturel. Il appelle une participation active des citoyens, une responsabilité partagée des dirigeants et une écoute authentique de toutes les voix du pays, en particulier celles qui ont longtemps été marginalisées.
Pour que le rêve d’un véritable État de droit se concrétise en RDC, il ne suffit pas de débattre dans les salons ou sur les places publiques il faut traduire ces aspirations en réformes durables, en institutions transparentes et en politiques qui améliorent concrètement la vie de millions de personnes.
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