
Dans une province du Sud-Kivu marquée par des décennies de tensions communautaires, de conflits fonciers et d’insécurité persistante, une dynamique silencieuse mais porteuse d’espoir se développe : des citoyens ordinaires endossent le rôle de médiateurs de conflits.
« Je n’ai jamais imaginé pouvoir apaiser des voisins en colère, mais chaque petite réconciliation me donne la force de continuer », confie Jean-Baptiste, médiateur communautaire à Bukavu.
Face aux limites des mécanismes institutionnels et à la méfiance envers certaines autorités, ces femmes et ces hommes s’imposent comme des acteurs de proximité, capables de désamorcer les tensions avant qu’elles ne dégénèrent en violences ouvertes.
Ces médiateurs communautaires ne portent ni uniforme ni titre officiel. Ils sont chefs de quartiers, leaders religieux, enseignants, jeunes engagés, femmes leaders ou notables respectés. Leur force réside dans leur connaissance fine du terrain, des familles et des sensibilités locales.
« Je connais chaque famille de mon village et je sais comment parler pour éviter que la colère ne se transforme en bagarre », raconte Amina, une femme leader à Kalehe. Lorsqu’un conflit éclate autour d’une parcelle, d’un héritage, d’un différend conjugal ou d’une rivalité communautaire ils privilégient l’écoute, le dialogue et la recherche de compromis, loin des procédures judiciaires souvent longues, coûteuses et perçues comme partiales.
« Sans ces médiateurs, certains litiges finiraient à l’ombre ou même en affrontements, et personne n’en sortirait gagnant », souligne un jeune enseignant engagé dans la médiation.
Cette médiation citoyenne repose sur des valeurs fondamentales : la neutralité, la confiance et la responsabilité collective. En favorisant la parole et en rappelant les normes sociales partagées, ces acteurs contribuent à restaurer des liens sociaux fragilisés.
« Quand je vois mes voisins se serrer la main après une dispute, je me dis que tout n’est pas perdu », témoigne Éliane, une habitante de Kabare.
Leur intervention permet non seulement de résoudre des conflits ponctuels, mais aussi de prévenir leur instrumentalisation par des acteurs malveillants dans un contexte sécuritaire déjà instable.
Un chef de village explique : « Certains essaient toujours de semer la division, mais nous, nous faisons en sorte que la paix prime avant tout. »
Cependant, ces initiatives citoyennes font face à de nombreux défis. Le manque de formation en techniques de médiation, l’absence de reconnaissance officielle, les pressions sociales ou politiques, et parfois même les menaces directes, fragilisent leur action.
« Il m’est arrivé de recevoir des menaces simplement parce que j’ai voulu calmer une dispute entre familles rivales », confie un médiateur à Walungu.
Malgré cela, leur engagement témoigne d’une volonté locale de reprendre en main la gestion pacifique des différends, là où l’État peine à être présent ou crédible.
« Nous faisons ce que nous pouvons avec nos moyens et notre volonté, car la paix commence avec nous », insiste un autre leader communautaire.
À l’heure où le Sud-Kivu cherche des voies durables vers la paix, la médiation citoyenne apparaît comme un levier essentiel. La soutenir à travers des formations, un encadrement légal et une collaboration avec les autorités locales pourrait renforcer la prévention des conflits et consolider la cohésion sociale.
« Si chaque village pouvait avoir des médiateurs formés et soutenus, les conflits ne deviendraient plus des drames pour nos familles », conclut une femme médiatrice à Shabunda. Car lorsque les citoyens deviennent acteurs de paix, ce n’est pas seulement un conflit qui se règle, mais une société qui se reconstruit.
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