
Il arrive parfois qu’un simple citoyen fasse plus pour l’image d’un pays que des délégations officielles lourdement financées. À la CAN Maroc 2025, Lumumba Véa, de son vrai nom Nkuka Mbolandinga Michel, a incarné cette vérité cruelle. Debout dans les tribunes, le bras droit levé comme la statue de Patrice Emery Lumumba, il a offert à la RDC bien plus qu’un soutien sportif : il a rappelé une mémoire, une dignité, une fierté.
Pendant que les Léopards livraient bataille sur la pelouse, Lumumba Véa menait la sienne dans les gradins. Sans confort, sans privilèges, sans agenda caché. Sa constance rester debout durant quatre-vingt-dix minutes, parfois plus a frappé les esprits. Les caméras l’ont adopté, les réseaux sociaux l’ont célébré, les supporters africains l’ont applaudi. Il est devenu, sans stratégie de communication, l’un des visages les plus aimés de cette CAN.
Cette reconnaissance n’était pas congolaise. Elle était africaine. Et c’est précisément là que le malaise commence.
Selon plusieurs témoignages, des officiels marocains auraient souhaité le retenir jusqu’à la fin de la compétition, prêts à le rémunérer pour chaque match tant son image participait à l’ambiance et au succès populaire du tournoi. Une marque de respect rare pour un supporter. Une preuve éclatante de la valeur symbolique qu’il représentait. Pourtant, Lumumba Véa est rentré à Kinshasa, laissant derrière lui un public africain déçu. La fierté nationale, elle, n’a pas su transformer l’ovation en hommage digne.
À son retour, que lui a-t-on offert ? Des vêtements, une voiture, des promesses de réception officielle, peut-être une enveloppe. Un geste administratif là où il fallait un geste historique. Car Lumumba Véa n’était pas un figurant de passage. Il était le rappel vivant d’un héros national, d’une mémoire que l’État invoque volontiers dans les discours mais honore rarement dans les actes.
Le plus ironique, le plus amer, c’est que cet homme a longtemps été ignoré chez lui. Pendant plus de dix ans, il reproduisait le même geste au stade des Martyrs, dans une indifférence quasi totale. Il a fallu que l’Afrique l’applaudisse pour que Kinshasa se souvienne de son existence. Et encore, avec parcimonie.
Comment comprendre qu’un pays capable d’investir des millions pour sponsoriser des clubs étrangers ou financer des projets à l’impact symbolique douteux se montre si chiche face à une icône populaire authentique ? Comment accepter que l’on réduise un symbole national à une ligne de communication et à quelques cadeaux matériels ? Ce n’est pas la valeur de la voiture qui choque, c’est le message qu’elle envoie : celui du mépris institutionnalisé.
Lumumba Véa a rappelé une vérité que le pouvoir semble oublier : les symboles ne se fabriquent pas dans les bureaux, ils naissent dans le peuple. Et lorsqu’un État ne sait pas reconnaître ses propres symboles, d’autres le feront à sa place.
En traitant Lumumba Véa avec légèreté, les officiels congolais ont raté une occasion rare de réconcilier le sport, la mémoire et la dignité nationale. Ils ont surtout confirmé un malaise profond : au Congo, la reconnaissance vient souvent de l’extérieur, et le respect arrive trop tard, quand il arrive.
L’Afrique a applaudi. Kinshasa a minimisé. Et dans cet écart se lit, une fois de plus, la distance douloureuse entre le peuple et ceux qui prétendent le représenter.
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