
Au Sud-Kivu, la disparition progressive des forêts n’est plus une hypothèse scientifique, mais une réalité visible à l’œil nu. Collines dénudées, sols fragilisés, rivières ensablées : le paysage change, souvent au détriment des communautés locales. Comprendre les causes de cette déforestation permet de mieux mesurer ses conséquences concrètes sur l’environnement, l’économie locale et la vie quotidienne des populations.
La première cause majeure reste le bois-énergie. Dans une province où l’accès à l’électricité demeure limité et irrégulier, le charbon de bois et le bois de chauffe sont les principales sources d’énergie pour les ménages. « Tant que l’électricité restera rare et chère, les ménages continueront à dépendre du charbon de bois », explique un expert environnemental. Cette pression énergétique entraîne une coupe incontrôlée des arbres, souvent sans reboisement.
L’agriculture extensive constitue une autre cause importante. Pour nourrir une population en croissance, de nombreux agriculteurs défrichent de nouvelles terres forestières. « La pratique du brûlis détruit les sols et accélère la disparition des forêts », alerte l’ingénieur agronome Grâce Kambale, soulignant que le manque de techniques agricoles durables pousse les paysans à toujours chercher de nouvelles terres. Cette agriculture de survie se fait souvent sans accompagnement technique ni encadrement.
À ces facteurs s’ajoute la pression démographique et urbaine. L’extension des villages et des villes comme Bukavu ou Uvira se fait parfois au détriment des espaces forestiers. « Chaque nouvelle parcelle habitée est souvent gagnée sur la forêt », observe un cadre de base de l’environnement à Bukavu, pointant l’absence de plans d’aménagement rigoureux. Les forêts deviennent alors des réserves foncières non protégées.
Les conséquences sont multiples et directement ressenties par les populations. L’érosion des sols provoque des glissements de terrain meurtriers, surtout en saison des pluies. « La forêt joue un rôle de bouclier naturel ; sans elle, les catastrophes deviennent plus fréquentes », avertit le géologue et expert en risques naturels, Patrick. Les rivières se tarissent ou débordent, affectant l’agriculture, l’eau potable et la pêche.
Sur le plan sanitaire et économique, la déforestation aggrave la pauvreté. « Quand la forêt disparaît, ce sont aussi les plantes médicinales, la fertilité des sols et les revenus locaux qui s’en vont », déplore une actrice locale d’une ONG environnementale à Kalehe. La perte de biodiversité réduit les moyens de subsistance des communautés rurales, déjà vulnérables.
Face à cette situation, des solutions existent mais exigent une action collective. Promotion des foyers améliorés, reboisement communautaire, agriculture durable et accès à l’énergie alternative sont régulièrement évoqués. « Sauver les forêts du Sud-Kivu, c’est sauver notre avenir commun », insiste un environnementaliste, appelant à une responsabilité partagée entre autorités, experts et citoyens. Car au-delà des chiffres et des discours, la forêt reste un pilier vital pour la survie et la dignité des populations du Sud-Kivu.
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