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Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les conflits armés sont souvent analysés sous l’angle sécuritaire ou politique. Pourtant, derrière les armes et les discours, l’économie joue un rôle central, à la fois comme facteur de fragilisation et comme levier de paix. Pauvreté chronique, chômage massif des jeunes, exploitation illégale des ressources naturelles et inégalités d’accès aux opportunités économiques constituent un terreau fertile pour les tensions. « Quand un jeune n’a ni travail ni perspective, il devient facilement manipulable par des groupes armés », confie Jean-Marie, enseignant à Bukavu, qui observe au quotidien les frustrations sociales grandissantes.

L’absence d’activités économiques structurantes dans plusieurs territoires de l’Est pousse de nombreuses communautés à entrer en compétition pour l’accès à la terre, aux minerais ou aux circuits commerciaux. Cette concurrence, mal régulée, dégénère souvent en conflits communautaires. À Kalehe, une commerçante témoigne : « Ici, chacun se bat pour survivre. Quand les marchés sont fermés ou les routes coupées, la colère monte vite entre villages voisins. » Dans ce contexte, l’économie informelle domine, mais elle reste fragile et vulnérable à l’insécurité, créant un cercle vicieux où la violence nourrit la pauvreté, et la pauvreté alimente la violence.

À l’inverse, lorsque des initiatives économiques inclusives voient le jour, elles contribuent à apaiser les tensions. Les projets agricoles communautaires, les coopératives minières légalisées ou encore les programmes de formation professionnelle offrent des alternatives crédibles à la violence. « Depuis que nous avons lancé la coopérative, les jeunes travaillent ensemble, même s’ils viennent de communautés différentes », explique un responsable local à Walungu. En créant des intérêts économiques communs, ces initiatives favorisent le dialogue, la solidarité et la cohabitation pacifique, tout en restaurant la dignité des populations.

Pour que l’économie devienne un véritable outil de prévention des conflits dans l’Est de la RDC, elle doit être pensée comme un projet de paix à long terme. Cela implique des investissements publics et privés transparents, la création d’emplois décents, la sécurisation des circuits commerciaux et une gestion équitable des ressources naturelles. « La paix ne viendra pas seulement par les armes, mais par le travail et la justice économique », insiste un acteur de la société civile à Goma. En plaçant l’humain au cœur du développement économique, l’Est de la RDC peut transformer ses richesses en moteur de stabilité et d’espérance durable.

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