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À peine six mois après la signature du décret réajustant le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), le gouvernement de Kinshasa, sous la houlette de la Première ministre Judith Suminwa, se targue de vouloir « appliquer harmonieusement » cette mesure, alors qu’aucune création réelle d’emplois n’a été effectuée pour soutenir ce choix. Dans un pays où les promesses électorales restent lettre morte, l’annonce de la tenue prochaine d’une séance de travail avec les syndicats, prévue le 12 janvier à la Primature, sonne comme un geste symbolique plus qu’une volonté concrète de résoudre les problèmes des travailleurs.

Le décret signé en juin dernier fixe le SMIG à 21 500 francs congolais pour le travailleur manœuvre ordinaire, avec une entrée en vigueur prévue pour janvier 2026. Il s’agit d’une augmentation par rapport au précédent taux de 14 500 francs, lui-même jugé insuffisant pour couvrir les besoins élémentaires des familles congolaises. Cependant, cette hausse survient dans un contexte où le gouvernement n’a ni dynamisé le marché de l’emploi ni mis en place de véritables mécanismes pour soutenir le pouvoir d’achat des citoyens.

Pendant que la Première ministre parle de « dialogue social permanent » et d’« harmonisation » lors du Conseil national du travail, la réalité reste cruelle pour les travailleurs. Sept ans après que le SMIG fut fixé à 7 075 francs congolais sous le gouvernement de Bruno Tshibala, le décalage entre les annonces gouvernementales et la vie quotidienne des Congolais ne fait que se creuser. Les déclarations solennelles de Kinshasa semblent désormais rimer avec temporisation et poudre aux yeux, plutôt qu’avec action et justice sociale.

La critique est amère mais nécessaire : comment parler de « renforcement du pouvoir d’achat » dans un pays où le chômage et la précarité explosent, où le marché du travail est quasi-inexistant, et où le citoyen de base continue de survivre avec un SMIG qui peine à couvrir les besoins essentiels ? L’application d’un salaire minimum reste un exercice purement administratif, vidé de sa substance réelle par l’incapacité du gouvernement à créer les conditions pour qu’il ait un effet tangible.

Kinshasa a choisi la démagogie et les annonces spectaculaires plutôt que l’action concrète. Les Congolais, eux, continuent d’attendre que les paroles deviennent enfin des réalités. Et chaque mois qui passe sans véritable emploi et sans soutien aux travailleurs accentue ce fossé entre promesse et pratique, laissant planer une question embarrassante : dans ce pays, le SMIG est-il un outil de progrès ou un simple instrument de communication politique ?

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