
L’année 2026 s’ouvre comme se sont refermées les précédentes : dans le fracas des armes, le décompte macabre des vies fauchées et l’indifférence coupable d’un État qui promet beaucoup mais protège peu. Dès les premiers jours de janvier, l’actualité est rattrapée par des faits de violence qui ne surprennent plus personne, tant ils sont devenus la norme. Ce n’est plus un accident de parcours, c’est un système qui tourne à vide, une tragédie installée dans la durée.
Le vendredi 2 janvier 2026, un fait particulièrement glaçant est venu symboliser ce départ tragique. Un drone de l’armée congolaise a bombardé le quartier Mont Ngaliema, à Masisi centre, dans le Nord-Kivu. En pleine journée, alors que la population vaquait à ses occupations, une explosion a retenti, semant la panique et la stupeur. Plusieurs sources locales rapportent que les habitants, totalement pris de court, n’ont rien vu venir.
Le bilan provisoire est lourd et accablant : six civils tués, sept autres blessés, et des bâtiments endommagés par la frappe.
Partout, le même sentiment d’abandon. Les populations vivent avec la peur comme compagne quotidienne : peur de rentrer tard, peur de parler, peur de croire encore. La sécurité, mission régalienne par excellence, semble reléguée au rang de slogan. Les discours officiels s’empilent, les communiqués se succèdent, mais sur le terrain, la réalité est crue : l’autorité de l’État se dilue, et avec elle la confiance citoyenne.
Ce qui choque davantage, ce n’est pas seulement la répétition des drames, mais leur banalisation. Chaque mort devient une statistique de plus, chaque attaque une brève vite oubliée. La société s’habitue à l’inacceptable. Or, un pays qui s’habitue à la violence est un pays qui recule, qui abdique sa dignité et hypothèque son avenir. 2026 commence ainsi sous le signe d’une fatigue morale profonde, d’une lassitude collective face à l’impuissance affichée.
Les responsabilités sont connues, mais rarement assumées. Les décideurs se renvoient la balle, invoquent le manque de moyens, les héritages du passé, les urgences concurrentes. Pendant ce temps, les familles pleurent, les quartiers se replient sur eux-mêmes et la loi du plus fort gagne du terrain. Gouverner, pourtant, ce n’est pas commenter la crise ; c’est l’anticiper, la prévenir, la combattre avec sérieux et constance.
Ce début d’année sanglant pose une question simple et brutale : combien de morts faudra-t-il encore pour que la sécurité cesse d’être un vœu pieux ? Combien de promesses faudra-t-il enterrer avant de reconnaître l’échec des politiques publiques en matière de protection des citoyens ? Sans réponses claires et sans actes forts, 2026 risque de n’être qu’une répétition tragique de 2025, en pire.
Il est temps de rompre avec l’indignation de façade. La vie humaine doit redevenir la priorité absolue, non dans les discours, mais dans les décisions concrètes, les budgets, la gouvernance et la redevabilité. Faute de quoi, l’histoire retiendra que 2026 n’a pas seulement commencé dans un bain de sang : elle aura confirmé l’effondrement d’une promesse fondamentale, celle de garantir à chacun le droit élémentaire de vivre sans peur.
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